À la demande de Commerce Équitable France, le bureau d’analyse Basic a étudié les filières équitables de deux organisations de producteurs : la SAS Biolait, en partenariat avec Biocoop pour la marque « Ensemble » et avec Système U via la Laiterie Saint-Denis-de-l’Hôtel pour la marque « U bio », et la SAS La Ferme de Chassagne, en partenariat avec Biocoop et Ethiquable.

Rémunération et transition agroécologique

En matière de rémunération des producteurs, ces démarches se différencient. La fixation des prix se fait en partant des coûts de production et « la transparence économique de la filière, permet d’assurer […] une meilleure répartition de la valeur au sein de la filière ». Par exemple, alors que les producteurs de lentilles vertes du Puy bio captent environ 16 % de la valeur finale du produit, les producteurs de lentilles Ethiquables bio en captent 30 %.

Ces démarches équitables, en créant un contexte sécurisant en termes de rémunération et d’accompagnement technique, encourageraient la conversion des exploitations à l’agriculture biologique. Cependant, en dehors de l’échelon production, « l’étude […] n’a pas permis d’identifier des effets environnementaux particuliers aux acteurs de l’aval (intermédiaires, transformateurs, distributeurs) ».

Risque d’amalgame et résistance de l’aval

Alors que les ventes de produits issus du commerce équitable origine France ont progressé de 18 % entre 2016 et 2017, le rapport attire l’attention sur les menaces qui pèsent sur ces démarches. Le premier risque réside dans la multiplication des « produits se revendiquant équitables ou bien prônant une consommation responsable » mais issus de démarches aux engagements très hétérogènes.

« Pour le consommateur, il est difficile d’y voir clair et de réaliser des actes d’achat informés », estime l’étude. L’amalgame qui pourrait en résulter présente « un risque de crédibilité pour les démarches de commerce équitable si elles sont assimilées (même à tort) aux initiatives moins complètes ».

Le rapport évoque également les politiques d’achat et d’approvisionnement et les méthodes de négociations des acteurs de l’aval (agro-industriels et distributeurs) qui « ont parfois bloqué et mis en échec les démarches de commerce équitable qui cherchaient à se développer. Sur le long terme, [ces pratiques] peuvent donc être frein au développement de ces nouvelles démarches. »

Valérie Scarlakens