Dans ces deux départements savoyards, qui totalisent 1 340 producteurs de lait pour 350 millions de litres en livraison et 50 millions de litres en transformation fermière, la filière laitière a ses spécificités. « Pratiquement 100 % du lait est transformé en fromage, 92 % des producteurs sont structurés en coopératives, 93 % des laits produits répondent à un cahier des charges AOP ou IGP et 80 % sont effectivement valorisés comme tels », a présenté Jean-François Laval, directeur général de la Fédération départementale des coopératives laitières.

Surtout, le prix du lait y est nettement supérieur au prix moyen payé en France, « et on continue d’augmenter le différentiel, tout en s’extrayant de la volatilité », soulignait-il. Et pourtant…

Prix du lait

Le prix du lait, de 490 €/1 000 l en moyenne en zone IGP tome-emmental-raclette, tourne autour de 593 €/1 000 l en zone reblochon et survole les 800 €/1 000 l en zone beaufort. Les tailles moyennes d’exploitation varient également : 140 000 l par exploitation en beaufort, contre 345 000 l en zone IGP. Mais le niveau de marge dégagée par UTH (1) est comparable entre les zones.

La variabilité, en revanche, est importante au sein d’une même zone. Le prix du lait du beaufort n’empêche même pas le « quart inférieur » de cette zone d’obtenir une marge d’orientation négative. Jean-François Laval en tire plusieurs enseignements : « Les choix très différents en termes de cahiers des charges et de taille d’exploitation permettent à chaque zone de sortir des niveaux de valorisation de lait couvrant les charges, aboutissant à des rémunérations comparables. Cela montre aussi qu’il reste une grosse marge de manœuvre individuelle pour améliorer la performance économique des exploitations. »

La réussite du système savoyard repose aussi sur l’investissement des éleveurs : « On s’implique dans le fonctionnement des coopératives, on passe du temps sur les marchés et les fêtes villageoises pour parler de nos fromages : c’est une fierté mais cela prend du temps », faisait remarquer un participant.

Méthaniser… ou pas

Pour autant, le besoin de compléter les revenus se fait sentir. Là comme ailleurs, des projets de méthanisation fleurissent. C’était l’objet de discussions passionnées entre agriculteurs méthaniseurs, riverains, porteurs de projets ou observateurs… Les réticences exprimées par les agriculteurs étaient nombreuses : Quel bilan de gaz à effet de serre ? Quel lessivage d’azote ? Quel impact sur les routes ? Quel coût pour le contribuable ? Et surtout quelle tension sur le foncier et les ressources fourragères induite par l’alimentation du méthaniseur ?

Tous se retrouvaient cependant dans l’éternel cheval de bataille de la Coordination rurale : la défense de prix agricoles rémunérateurs. « On fait des choix économiques, résumait un éleveur. Si on n’a pas de vision claire sur la valorisation de notre lait, on cherche autre chose… »

Est-ce pour des questions de rentabilité, à cause de la pression foncière ou à cause des attaques de loup ? Les Savoies connaissent une baisse des vocations en bovins lait. Les jeunes étaient toutefois venus en nombre. Et c’est à eux que le président de la Coordination rurale Bernard Lannes s’est adressé pour conclure : « L’agriculture, ça a toujours été difficile, mais c’est un beau métier ! »

Bérengère Lafeuille

(1) Marge d’orientation = EBE – annuités – 1,5 Smic, telle que calculée par le CER France.