Un tiers de la viande de chevreau est habituellement commercialisé sur la semaine de Pâques. « Le chevreau est une viande festive, associée aux repas de famille sur les vacances de printemps, rappelle Franck Moreau, président de la section caprine d’Interbev. Cette année, le contexte du confinement risque de la faire oublier. » À l’exportation, « les envois congelés vers le Portugal continuent mais ne sont pas suffisants pour compenser la fermeture partielle du marché frais vers l’Italie », poursuit le président.

Les stocks de report débordent

En réaction, la revalorisation du cours du chevreau vif, habituellement autour de 3,3 €/kg en cette période n’a pas eu lieu. Le manque à gagner se chiffre à environ 65 centimes du kilogramme. Une dépréciation lourde de conséquences puisque « les engraisseurs, en ferme ou spécialisés, et les abatteurs jouent leur rémunération sur le mois d’avril », souligne Franck Moreau.

En parallèle, les stocks congelés devraient atteindre 800 à 1 000 tonnes cette année, contre 200 à 300 tonnes d’ordinaire. « Nous demandons le soutien des pouvoirs publics français et européens sur la prise en charge des coûts de stockage et de la perte de valorisation sur les invendus du mois », ajoute Franck Moreau.

Les chevreaux congelés pourraient bien engorger le marché jusqu’à l’année prochaine. C’est en tout cas l’avis de Denis Perreau, de la Confédération paysanne. « La consommation de cette viande est encore plus saisonnière que celle d’agneau, explique-t-il. Ainsi, les chevreaux congelés aujourd’hui risquent d’occuper les frigos jusqu’à Pâques 2021 et peser encore sur les prix à ce moment-là. En attendant, ils occupent une place convoitée aussi par les producteurs d’agneaux de Pâques qui ne peuvent écouler leur production. »

Appel à la solidarité

Chaque semaine, l’interprofession s’entretient avec les trois principaux abatteurs français, qui concentrent 80 % des volumes annuels, et le monde de la grande distribution.

L’objectif est double :

  • Garantir le ramassage des chevreaux via les principaux abatteurs, au moins jusqu’à la fin de la saison, malgré des débouchés incertains. Dans l’immédiat, Denis Perreau observe que la collecte des chevreaux n’est plus assurée dans certains secteurs. « Des éleveurs ont prévu de les garder sous la mère, et de les vendre en direct plus tard, explique-il. Mais cela représente une charge de travail importante. »
  • Demander aux chefs de rayon de ne pas céder à la simplification de l’offre et de mettre en avant la viande de chevreau dans les linéaires, en dépit du contexte actuel.

« Les différents opérateurs de la filière ont pris des risques financiers importants, conclut Franck Moreau, reconnaissant. La solidarité est notre plus grande alliée en temps de crise. »

A. Courty et M-F. Malterre