Même si la balance commerciale des produits laitiers n’a jamais été favorable aux Canadiens face à l’Union européenne (UE), une clause du Ceta (1) a mis particulièrement à mal le secteur depuis sa mise en place en septembre 2017. Le Canada s’est en effet engagé à importer progressivement jusqu’à 17 700 tonnes de fromages européens, dont 16 000 t de « fromages fins ». Cette seule mesure pourrait coûter 100 millions de dollars canadiens (2) par an au secteur laitier.

« Le loup dans la bergerie »

Pour François Dumontier, responsable des relations publiques pour le syndicat des Producteurs de lait du Québec, cette clause a été incluse à l’époque par surprise : « Le gouvernement a fait entrer le loup dans la bergerie. Les produits laitiers ne devaient pas être concernés par le Ceta. Ce contingent d’importation a été accordé au dernier moment, certainement au profit d’autres industries nationales, comme le secteur pétrolier. »

Portée par une tendance de consommation favorable, la filière laitière canadienne a beaucoup investi ces dernières années sur les exploitations et dans les outils de transformation. Or, le Ceta et les autres accords internationaux pourraient faire passer la part de l’importation de produits laitiers de 12 à 20 %, donc diminuer les retombées économiques attendues.

Un accord décevant aussi pour les éleveurs bovins

Les éleveurs de bovins viande devaient être les grands gagnants de l’accord, avec un contingent de 64 950 tonnes de viande libre de droit de douane annuel. Mais là aussi, le bilan est décevant pour les exportateurs et éleveurs. En viande bovine fraîche, par exemple, seulement 3 % du volume négocié a effectivement été exporté en 2019. Dan Darling, président de la Canadian Agri-Food Trade Alliance, ne cache pas sa déception : « Quand l’accord a été signé, il était promis aux exportateurs agroalimentaires d’augmenter leur activité de plusieurs milliards de dollars par an. Si nos adhérents restent optimistes, nous attendons toujours un réel accès au marché européen. »

Mesures de soutien

La cause de ce retard est clairement identifiée. Chaque kilo de viande qui entre dans l’UE doit respecter les normes sanitaires et réglementaires européennes. Les filières canadiennes ne sont pas, tout simplement, encore prêtes. Pour compenser les effets du Ceta et d’autres accords de libre-échange, le gouvernement a prévu une enveloppe qui pourra atteindre 3,9 milliards de dollars sur cinq ans, notamment pour les secteurs concernés par les quotas. Selon François Dumontier, le système de gestion de l’offre canadien pourrait souffrir de cette situation : « Les enveloppes déjà versées ne compensent pas les pertes engendrées. Contrairement à la production européenne, directement subventionnée, nous tentons de stabiliser les prix via des quotas. Mais le Ceta et les autres accords signés nous obligent désormais à demander des compensations. »

B. Devault

(1) Accord commercial bilatéral de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada.

(2) 1 dollar canadien = 0,65 euro.