La page est tournée. Ce vendredi matin, au Mesnil-Durand, dans le Calvados, les acteurs du camembert « fabriqué en Normandie » (pasteurisé ou thermisé, sans cahier des charges) et de l’AOP Camembert de Normandie (au lait cru, avec) étaient tous là pour dire haut et fort leur volonté de construire une nouvelle AOP camembert.

Le 21 février, sous l’égide de l’Inao (Institut national de l’origine et de la qualité), ils se sont mis d’accord pour une appellation à deux sections. La première renforce l’AOP actuelle. La création d’une seconde met fin au « fabriqué en Normandie ». En contrepartie, il faudra au moins 30 % de vaches normandes dans chaque troupeau, du pâturage, un temps d’affinage minimal du fromage, etc.

Tout n’est pas calé pour ce deuxième niveau. Si le pourcentage de normandes et le non-OGM font l’unanimité, les négociations démarrent sur la surface minimale de pâturage par vache, le linéaire de haies, les critères de fabrication du fromage et son étiquetage. De cette définition dépendra l’adhésion des producteurs normands à ce nouveau cahier des charges.

Une commission d’enquête va être nommée par l’Inao à la fin de juin. Les Normands visent une révision achevée en 2021 qui toucherait le territoire normand contre la Basse-Normandie aujourd’hui.

Faire entrer 30 % des producteurs normands dans l’AOP

« C’est un pari », déclare Patrick Mercier, président de l’ODG (organisme de défense et de gestion) Camembert de Normandie. « Deux mille exploitations laitières pour un milliard de litres approvisionnent aujourd’hui le « fabriqué en », soit 30 % de la collecte normande. Nous espérons les faire entrer dans l’AOP. » En plus de leur adhésion à ce projet, cela nécessite 25 000 vaches normandes supplémentaires. « Nous pouvons y arriver grâce notamment aux semences sexées », estime Pascal Orvain, président de l’Organisme de sélection de la race normande.

20 000 tonnes qui pourraient sortir

Soixante mille tonnes de camembert « fabriqué en » sont vendues par an, la moitié sous marques d’entreprise (Lactalis, Savencia, Gillot, Isigny), l’autre sous marques de distributeur (MDD). « Les volumes transformés en AOP vont sans doute descendre à 40 000 tonnes, avance Bruno Lefèvre, président du Syndicat normand des fabricants de camembert, c’est-à-dire 30 000 tonnes sous marques d’entreprise et 10 000 tonnes en MDD et restauration hors foyer. Les 20 000 tonnes restantes seront des camemberts classiques sous MDD. »

À ces tonnages, il faut ajouter les 5 700 tonnes de l’AOP actuelle… qui espère bien progresser. Les deux sections réunies, la nouvelle filière pourrait se hisser à près de 50 000 tonnes et être dans le top 5 des AOP fromagères françaises.

Claire Hue