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Les broutards mâles restent dans l’impasse

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Bovins viande - Les broutards mâles restent dans l’impasse
© Monique Roque Marmeys

Bien que les envois de bovins maigres français vers l’Italie restent soutenus, les prix demeurent particulièrement dégradés.

Le temps est long pour les éleveurs de broutards. Depuis la fin de l’été, les cours s’effondrent et les perspectives d’embellie semblent minces à court terme. « Le marché tourne au ralenti par rapport à l’activité enregistrée en temps normal au mois de novembre, rapporte Benoît Albinet, directeur commercial à Deltagro. L’ambiance est mauvaise, avec des cours qui continuent de baisser. Seules les femelles s’en sortent mieux, mais trois animaux sur quatre sont des mâles. »

Pourtant, malgré de moindres disponibilités, « les flux vers l’Italie, qui représentent 80 % des exportations françaises, sont presque aussi intenses qu’à l’automne 2019 », indique Ilona Blanquet, économiste à l’Institut de l’élevage. De quoi susciter l’agacement et l’incompréhension chez les naisseurs français. « Nous ne trouvons pas vraiment d’explications qui puissent justifier cette baisse des prix des mâles, soupire Emmanuel Bernard, président de la section bovine d’Interbev et vice-président de la Fédération nationale bovine (FNB). Nous ne pouvons que constater que l’Italie est mieux organisée pour acheter que la France ne l’est pour vendre. »

La consommation est perturbée par le Covid-19

Si certains éleveurs ont retenu leurs animaux en signe de protestation, « cela n’a pas eu d’influence sur le commerce : les acheteurs français ont continué à privilégier leurs clients italiens, quitte à réduire les mises en place en France », poursuit Emmanuel Bernard. Car l’Italie reste structurellement importatrice de maigre. « Des investissements importants ont été réalisés dans des ateliers d’engraissement, précise Ilona Blanquet. Les engraisseurs ont des charges fixes élevées à assumer et doivent amortir leurs bâtiments. Par ailleurs, il existe une prime à l’engraissement de broutards, qui est une incitation supplémentaire à remplir les ateliers. »

> À lire aussi : Les éleveurs appelés à retenir les broutards en ferme (13/10/2020)

De l’autre côté des Alpes, l’épidémie de Covid-19 a joué les trouble-fête au printemps dernier. Comme en France, « la restauration hors domicile (RHD) a fermé pendant le confinement et le report de la consommation vers les grandes et moyennes surfaces (GMS) n’a été que partiel, constate l’économiste de l’Idele. Le cours italien du jeune bovin (JB) charolais a dévissé et a entraîné dans son sillage la cotation du broutard français. »

Un marché du jeune bovin « saturé »

Des viandes normalement destinées à la RHD se sont retrouvées dans les GMS italiennes. « De nombreuses origines ont été constatées dans les linéaires, note Caroline Monniot, de l’Idele. La viande de JB italien issue de broutard français forme le milieu de gamme, au même titre que celle de JB français importée. Le haut de gamme est composé des viandes de JB nés, élevés, abattus et transformés en Italie. En entrée de gamme se trouvent les viandes irlandaises, allemandes et même polonaises, jusqu’alors plus présentes en RHD. »

« Tous les pays d’Europe en envoient en Italie. Le marché est complètement saturé », confirme Egidio Savi, P.-D.G. de Parma France. Pour Giancarlo Ghuizzoni, président de Eurofeder, « cela concourt à tirer les prix vers le bas ». Et Daniel Bonfante, responsable commercial de la coopérative italienne­ Azove, d’assurer qu’« entre la viande française sous vide et la marchandise née en France et abattue en Italie, on observait jusqu’à 25 centimes d’écart au prix du kilo ».

L’Espagne, habituée à commercialiser ses broutards sur le pourtour méditerranéen, a également accru ses exportations vers la grande botte. « Avec le confinement, l’Algérie a souffert d’un affaiblissement de sa monnaie, lié au recul des cours du pétrole, analyse Ilona Blanquet. Dans les pays du Maghreb, la saison touristique a été grevée et les retours au pays ont été limités. Quant à la Turquie, une crise financière secoue le pays. » Les broutards français ne devraient donc pas trouver leur salut vers les pays tiers, « qui permettent pourtant d’alléger le marché, complète l’économiste de l’Idele. De janvier à octobre 2020, les exportations de bovins maigres en dehors de l’Union européenne ont reculé de 9 % sur un an. »

« Pas de solution unique »

Pour Emmanuel Bernard, « l’enjeu pour la filière française est de trouver une place à la voie mâle. Travailler sur la segmentation via nos chaînes de distribution en France, démultiplier les débouchés à l’export, en vif comme en viande… Il n’y a pas de solution unique, mais quel que soit le modèle proposé, il devra être créateur de valeur. » Le président de la section bovine d’Interbev estime qu’« il est possible de travailler sur davantage de régularité et de préparation sanitaire, à condition que le prix soit mis en face des coûts de production et de la rémunération des éleveurs. »

Lucie Pouchard, Monique Roque-Marmeys et Vincent Guyot
Les femelles tirent leur épingle du jeu

Si les cotations des broutards mâles font grise mine depuis cet été, ce n’est pas le cas des femelles. En semaine 44 (du 26 octobre au 1er novembre 2020), le cours de la charolaise U de 270 kg augmente progressivement depuis juin, pour s’établir à 2,60 €/kg vif, « soit 2 centimes supplémentaires en quatre semaines et par rapport à 2019 », analyse Ilona Blanquet, économiste à l’Institut de l’élevage. Sur la même période, la cotation de la limousine E de 270 kg s’élève à 2,73 €/kg vif, quasi inchangée depuis février (- 1 % sur un an). En Italie, « la différence est flagrante avec le commerce des femelles, qui ne subit pas de concurrence en particulier de la France et de l’Irlande. Ce marché de niche de qualité préserve ses prix », estime Egidio Savi, P.-D.G. de Parma France.

Dans l’Hexagone, la moindre disponibilité en femelles allaitantes, toutes races confondues, participe également à soutenir les cours à l’export. « Entre janvier et octobre 2020, les effectifs de femelles de races à viande âgées de 6 à 12 mois sont en retrait de 2,7 % par rapport à 2019, sur la même période », reprend Ilona Blanquet. L’érosion des stocks, reflet de la décapitalisation du cheptel allaitant en cours, se répercute sur les envois. D’après les données SPIE-BDNI (1), la part de broutardes exportées est passée de 39 % en avril 2020 à 32 % en septembre, toutes destinations confondues.

(1) Issues du système d’information sur l’élevage et de la base de données nationale d’identification animale.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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