Comme une petite révolution agronomique, le projet ILPF (intégration agriculture, élevage et agroforesterie) vise plusieurs objectifs. Parmi eux, augmenter la productivité par hectare, récupérer des terres dégradées ou encore améliorer le bilan carbone des exploitations.

Au-delà de l’intérêt technico-économique, le programme ILPF espère redorer l’image du Brésil en présentant un modèle agricole plus durable. Depuis son lancement en 2005, 17 millions d’hectares ont été convertis dans ce système.

Intérêt de l’agroforesterie

Pour les agriculteurs engagés, plusieurs voies sont possibles. Associer polyculture et élevage dans la rotation, voire intégrer de l’agroforesterie. Cette dernière option a été proposée à Daniel Wolf en 2009 par l’Embrapa (équivalent de l’Inrae). Depuis, cet éleveur de bovins à viande du Mato-Grosso dédie une centaine d’hectares à une combinaison prairie-sylviculture-céréales. Les premiers résultats ont été observés sur le troupeau.

« Nous avons un climat parfois difficile, la température sous les arbres est désormais plus agréable pour les vaches, expliqu Daniel Wolf. La production d’herbe est aussi meilleure. Nous avons gagné près de 300 g de GMQ (gain moyen quotidien) et avons doublé le chargement par hectare. » La sylviculture est bénéfique pour l’élevage et révèle d’autres intérêts pour l’exploitation. « L’agroforesterie nous permet d’être autosuffisants pour le combustible du séchoir à grains et le renouvellement des clôtures », précise l’éleveur.

Des résultats au bout de trois ans

Côté grandes cultures, la comparaison avec les rotations classiques, telles que soja/coton, montre une nette hausse des rendements et de la qualité des sols dans les fermes engagées. Flavio Wruck, chercheur à l’Embrapa, rappelle qu’un peu de temps est nécessaire pour observer ces résultats. « C’est très variable selon la région, le sol, le climat, indique le chercheur. Toutefois, en général, nous devons attendre la troisième année pour que le système ILPF présente ses premiers effets significatifs sur l’environnement et les finances de l’agriculteur. »

Mais des freins existent encore pour l’implantation de l’ILPF. « Il faut briser les paradigmes pour que l’exploitant adopte ces nouvelles pratiques. Les décisions techniques et administratives sont plus complexes et la charge de travail augmente beaucoup », explique Flavio Wruck L’Embrapa apporte l’appui technique. Les productions ne sont pas mieux valorisées et la mise en place n’est pas subventionnée. Pourtant, l’ILPF attire toujours plus d’adeptes.

Quelles sont les motivations des agriculteurs

Une étude a été menée en 2016 pour comprendre les motivations des paysans brésiliens. Pour les céréaliers, il s’agit avant tout d’augmenter le rendement par hectare et de diminuer le risque financier.

Pour les éleveurs, c’est l’amélioration de l’impact environnemental et la récupération des prairies dégradées qui les poussent à cette conversion. Ce que confirme Daniel Wolf : « On est très ouverts aux nouvelles techniques, mais on réfléchit aussi beaucoup à l’influence de notre activité sur l’environnement. »

Benoît Devault
Ouvert aux nouvelles techniques, Daniel Wolf, éleveur de bovins à viande, a intégré de l’agroforesterie au sein de son exploitation. Il réfléchit aussi à l’influence de son activité sur l’environnement. © Alltech Staff