Les estimations de revenu de CER France Allliance Centre pour 2016 ne sont pas optimistes pour les éleveurs allaitants de la Nièvre, un département d’élevage extensif à l’herbe (140 ha de moyenne, avec 80 vêlages). « Le revenu disponible (1) des éleveurs finira en 2016 sous la barre des 10 000 euros par UTH en système maigre, observent les économistes de CER France. Dans les systèmes engraisseurs, la baisse est plus marquée : pour la troisième année consécutive, le revenu disponible est négatif : –6 000 euros. »

Exercice déficitaire

Une réalité qui correspond à la situation de Jean-Luc et Franck Beuriat, installés à Saint-Baudière, à quelques kilomètres de Nevers. Malgré le développement important de leur exploitation (220 vaches charolaises sur 340 ha, dont 115 ha de cultures, le reste en herbe), les deux associés du Gaec de Saint-Baudière ne récoltent pas les justes fruits de leur travail.

Comme dans la plupart des exploitations bovines de la Bourgogne, l’exercice de 2016 sera déficitaire. « Depuis trente ans, le prix de la viande n’a pas évolué, constate Franck. Nos animaux gras, vaches de réforme et taurillons partent entre 3,60 € et 3,75 €/kg, alors qu’il faudrait 4,50 €/kg pour les valoriser. Parce que nous fabriquons notre aliment à partir de nos céréales, nous avons contenu la crise. Mais la récolte catastrophique de 2016, de 30 à 45 q par ha, selon les parcelles, va peser sur nos comptes. Depuis deux ans, nous freinons le renouvellement du parc de matériel. Mais le fait de garder des machines plus longtemps génère des frais d’entretien. »

L’engraissement dans la balance

Malgré la satisfaction qu’ils ont à finir les animaux, les frères Beuriat s’interrogent sur l’opportunité de continuer à engraisser leurs bovins. Ne vaudrait-il pas mieux vendre des broutards repoussés et se tenir prêt à saisir les opportunités du marché qui se présentent, comme ce fut le cas avec l’ouverture de la Turquie en 2015 ?

Les six millions d’euros attribués aux exploitations de la Nièvre depuis dix-huit mois au titre des différents dispositifs (calamités sécheresse, fonds d’allègement des charges, mesures sociales, fiscales…) ne suffisent pas à compenser les pertes subies et les revenus insuffisants depuis maintenant dix ans.

Anne Bréhier

(1) Revenu disponible correspond à l’EBE diminué des annuités d’emprunt et des frais financiers à court terme.