« C’est à la mode de contester les installations de méthanisation », déplore Francis Claudepierre. Président de l’Association des agriculteurs-méthaniseurs de France et pionnier de la cogénération, l’éleveur ardennais était invité à s’exprimer ce 24 janvier 2019 devant la mission d’information sur les freins à la transmission énergétique de la commission du développement durable de l’Assemblée nationale. Cette émergence de la contestation est identifiée comme l’un des futurs freins majeurs au développement de la filière par Nicolas Bernat, directeur de recherche du laboratoire de biotechnologie de l’environnement de l’Inra. « Ces collectifs anti-méthanisation s’organisent rapidement et sont très présents », affirme-t-il.

L’opposition de trop pour les éleveurs

Invité en tant que conseiller départemental membre de la commission environnementale du Maine-et-Loire, Hervé Martin est aussi agriculteur dans les Mauges. Pour lui, cette opposition systématique rejoint l’évolution de la vision sociétale sur l’élevage. « L’élevage n’a pas trop le vent en poupe, déplore-t-il. Dans le Maine-et-Loire, on compte sur la méthanisation pour maintenir l’élevage mais les collègues ne supportent plus le regard de la société sur leur activité et arrêtent les productions animales pour se concentrer sur les cultures céréalières et surtout maraîchères. » Les collectifs anti-méthanisation ajoutent une couche de défiance supplémentaire de la société envers les éleveurs. « Une situation qui laisse tout de même planer un gros doute sur l’approvisionnement de nos méthaniseurs demain », s’inquiète Hervé Martin.

Encadrer les recours

Pour Francis Claudepierre, la situation est claire : « Si les recours déposés contre les projets de méthanisation, qui sont désormais systématiques, ne sont pas mieux encadrés, il n’y aura plus d’installation. Il faudrait que les protestataires déposent une caution avec leur recours, dont le montant serait proportionnel au préjudice qu’ils estiment subir. Ça calmerait cet effet de mode et cette protestation opportuniste. »

Francis Claudepierre reconnaît toutefois qu’il est nécessaire de mieux associer les voisins aux projets de méthanisation. « On pourrait par exemple les intéresser aux projets avec un financement participatif. Qu’ils soient partie prenante les aiderait à mieux accepter la mise en place de l’installation. » Une solution à étudier.

Corinne Le Gall