Sur 255 millions de porcs abattus par an en Europe, 50 % sont des femelles, 18 % des mâles entiers, 30 % ont été castrés avec ou sans anesthésie préalable, tandis que 2 % ont reçu une « immunocastration » ou « vaccin anti-odeur », selon une estimation de l’Institut du porc (Ifip).

Le nombre de mâles entiers abattus (45 millions) a augmenté de 30 % en cinq ans, selon l’Ifip. Deuxième producteur en Europe, derrière l’Allemagne et devant la France, l’Espagne représente la moitié de ce total (22 millions). Le pays « n’a jamais appliqué la castration à grande échelle », rappelle l’Ifip. La castration y est réservée à des productions de haut de gamme, comme le jambon « pata negra ».

À lire aussi : « La castration des porcs sous anesthésie ne doit pas être généralisée » (02/06/2021)

« Poussée » de l’immunocastration

En Allemagne, la castration à vif est interdite depuis le 1er janvier 2021. Jusque-là, la proportion de mâles entiers stagnait depuis 2015, autour de 15 % des mâles, selon l’Ifip. Pour continuer à castrer, du matériel spécifique subventionné par les pouvoirs publics est déployé dans les élevages allemands pour pratiquer une anesthésie générale des porcelets.

En parallèle, il y a « une vraie poussée du vaccin », d’après l’ONG de protection animale Welfarm. L’immunocastration, aussi pratiquée au Brésil et en Australie, dispense d’une castration physique tout en permettant d’éviter que les mâles ne dégagent une odeur repoussante à la cuisson.

Près de 30 % de mâles entiers en France

La filière française est réticente à l’immunocastration, craignant notamment la réaction des consommateurs devant un procédé qui bloque le développement sexuel des porcs, mais aussi en raison des dangers encourus par les éleveurs.

Dans l’Hexagone, la castration reste majoritaire. Elle a toutefois perdu du terrain depuis le début des années 2010 sous l’impulsion de la Cooperl, leader français de la production et de la transformation porcine.

En 2019, 2,8 millions de mâles ont été abattus entiers, la majorité d’entre eux (2,4 millions) provenant du groupe Cooperl. Ils représentent 28 % des mâles abattus dans la zone Uniporc Ouest qui voit passer 19 des 24 millions de porcs abattus chaque année en France. En dehors de cette zone, les mâles sont généralement castrés.

Réticences des abatteurs

L’Union européenne encourage la filière à revoir ses méthodes, sans l’imposer. Elle autorise la castration sans anesthésie jusqu’au septième jour du porcelet. Plusieurs pays ont toutefois décidé d’aller plus loin en interdisant cette pratique, comme la Norvège et la Suisse, l’Allemagne désormais et bientôt la France.

En France, les éleveurs défendant la généralisation du mâle entier se heurtent aux réticences des abatteurs. « Le groupe Bigard maintiendra la castration » pour les porcs qui passeront dans ses abattoirs, a récemment déclaré lors d’une conférence de presse Thierry Meyer, directeur de la filière porcine de ce poids lourd du secteur.

« On veut absolument mettre sur le marché de la viande de qualité », a-t-il ajouté, soulignant que le groupe répondait aux attentes de ses clients, en particulier les fabricants de salaisons sèches.

À lire aussi : Le secteur de l’abattage-découpe plaide pour la castration des porcs (15/12/2020)

Avec l’AFP