Lourd de 255 pages, le rapport de la commission d’enquête sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français a été présenté à la presse, à Paris, le 20 septembre 2016. Olivier Falorni et Jean-Yves Caullet, respectivement président et rapporteur de cette commission, ont présenté 65 propositions. Sans tout énumérer, les deux hommes ont pris le temps de revenir sur les points les plus importants.

Moderniser les outils. Dans un premier temps, le rapport a permis de mettre à plat l’état des structures d’abattage. « Le manque d’investissement y est parfois criant, et souvent en lien avec la maltraitance animale, voulue ou non », constate Olivier Falorni.

Faire évoluer les règles. La commission demande la création d’un comité national d’éthique des abattoirs, composé d’une vingtaine de personnes telles que des professionnels de la filière, des parties civiles, des philosophes, des associations de protection des animaux… Difficile pour l’instant de dire quand elle verra le jour.

Proposer des alternatives à l’abattage rituel. « Nous avons traité le sujet sans tabou, ni totem, lance Olivier Falorni. Des évolutions sont possibles, voire souhaitables, et doivent être accompagnées réglementairement. » Il s’agit notamment de préciser dans quelle mesure les cultes peuvent déroger à l’étourdissement.

L’étourdissement réversible à l’étude

Pour l’heure, l’article R214-74 du code rural précise seulement qu’« avant l’abattage rituel, l’immobilisation par un procédé mécanique des animaux des espèces bovine, ovine et caprine est obligatoire. L’immobilisation doit être maintenue pendant la saignée. » « Nous voulons que soient intégrés au texte trois types de techniques d’abattage à respecter », précise Jean-Yves Caullet. Des essais sont en cours sur l’étourdissement réversible, qui permettrait de mettre à mort un animal étourdi mais toujours vivant.

Développer l’abattage près des lieux d’élevage. « Abattage à la ferme et abattoir mobile sont deux choses différentes, précise Olivier Falorni. Nous sommes circonspects face à l’abattage à la ferme, et attendons les résultats de l’étude menée en Suisse sur le sujet. Nous sommes plus enclins à expérimenter le système d’abattoir mobile, comme il en existe en Suède. »

Former et soutenir les salariés. Les députés proposent de renforcer la formation des salariés, et ne cachent pas leur inquiétude quant à l’abattage rituel. « Les sacrificateurs devraient avoir la compétence technique, la maîtrise du geste, avant d’être agréés par un organisme de culte, lance Jean-Yves Caullet. Aujourd’hui, c’est dans l’autre sens que cela fonctionne. La personne est agréée, et charge ensuite à l’abattoir de former la personne. Non, ça ne peut pas marcher comme ça. » Olivier Falorni insiste également sur l’importance du bien-être de l’homme. « Plus les salariés se sentiront bien dans leur entreprise, mieux les animaux seront traités », estime-t-il.

Renforcer les contrôles. Selon la commission, les services sanitaires ont priorisé les contrôles sanitaires, face aux scandales qui ont éclaté ces dernières années. Du coup, ils sont davantage présents en bout de chaîne, qu’aux postes de tuerie. « Il faut rééquilibrer les choses, et mettre le bien-être au même niveau », tranche Olivier Falorni. Et pour que cette surveillance soit encore renforcée, les députés se positionnent en faveur des contrôles vidéos. Stéphane Le Foll s’y était pourtant opposé, cet été.

Les chaînes sous surveillance vidéo ?

Olivier Falorni tient cependant à éclaircir un point : « Vidéosurveillance et contrôle vidéo sont deux choses différentes. Il ne s’agit pas de fliquer. En Angleterre, où la pose de caméras dans les abattoirs n’est pas une obligation, 80 % des animaux sont pourtant tués sous l’œil d’un système de surveillance. »

La Commission estime qu’un tel dispositif sur les lieux d’arrivée et d’abattage des animaux est nécessaire à la levée des dysfonctionnements. « Bien sûr, les images ne sont pas là pour surveiller autre chose que le bien-être des animaux, mesure Olivier Falorni. Je pense à la surveillance de la cadence, par exemple. Quant à l’accès aux images, il est réservé aux services de l’État et à l’abattoir. »

Stéphane Le Foll prend rendez-vous

À peine la conférence de presse terminée, le ministère de l’Agriculture publie un communiqué de presse indiquant que Stéphane Le Foll, auditionné en mai, souhaite échanger avec la commission. Il demande à ses services d’analyser les conclusions et recommandations formulées dans le rapport.

« Stéphane Le Foll a fait du bien-être animal et notamment de la protection animale en abattoir une de ses priorités d’action, indique le ministère. Il a d’ailleurs mobilisé l’ensemble des préfets et de ses services sur cet enjeu et leur a demandé de réaliser au mois d’avril 2016 des inspections spécifiques sur la protection animale de l’ensemble des abattoirs de boucherie. Tous les rapports de ces inspections ainsi qu’un bilan ont été publiés sur le site internet du ministère le 1er juillet 2016. »

Un bilan de ces contrôles engagés par le ministère sera publié dans les prochains jours. Quant au projet de loi relatif à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, il créera un délit de maltraitance animale en abattoir et dans les transports.

L214 ne lâche pas le morceau

Le ministre et les députés auront beau proposer des solutions à l’amélioration des conditions de vie dans les abattoirs, l’association de protection des animaux L214, quant à elle, ne se lasse pas de publier des caméras cachées. Ce 20 septembre, elle publie une vidéo d’abattage sans étourdissement de moutons réalisée au moment de l’Aïd el-Kbir, dans un abattoir de la Nouvelle Aquitaine.

Dans un communiqué diffusé à la fin de l’après-midi, la Confédération paysanne « salue la proposition de renforcer la présence des agents du service public vétérinaire dans les abattoirs. [Ainsi que] l’attention portée à l’abattage mobile et à l’abattage à la ferme, tout comme la volonté de faciliter l’accès aux aides économiques pour les petits abattoirs. »

En revanche, elle considère le rapport trop timide sur les abattoirs de proximité. « Seul un soutien accru à leur développement donnera effectivement la possibilité à l’élevage d’être partie prenante de la dynamique des territoires, et d’assurer un travail de qualité dans les abattoirs. L’absence de proposition de financement pour la majorité des mesures évoquées laisse même craindre la mise en péril des structures de faible taille, déjà fragilisées par la concurrence exercée par les outils industriels. »

H.C.