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Les prairies sont de formidables puits de carbone

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Ces capteurs de CO2 recueillent des données depuis 2010. © B. Quantinet

Selon la FAO, 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre proviendraient des élevages de bovins viande. Et si cette statistique était fausse ?

L’université de Liège Gembloux Agro-Bio Tech travaille depuis 2010 sur les échanges de CO² entre les prairies permanentes et l’élevage de bovins viande. Le but est d’objectiver la relation d’un modèle d’élevage allaitant lié à l’herbe avec les gaz à effet de serre (GES), responsables en partie du réchauffement climatique.

> À lire aussi : L’élevage émet-il plus de gaz à effet de serre que le transport ? (DecodAgri)

Pâturage plutôt que feedlots

Des études plus fines, menées sur des systèmes viande performants en Wallonie, obtiennent des résultats diamétralement opposés à ceux de la FAO (1), qui a pris la pire des références comme base : les feedlots américains. D’un côté, on parle de 250 à 300 bovins/ha sans herbe, de l’autre, de 2,3 animaux/ha en pâturage.

L’équipe de chercheurs s’est intéressée aux entrées et sorties du CO² et au méthane échangé par la pâture afin de réaliser un bilan carbone. « Si reliquat il y a, il doit se trouver dans le sol », estime Louis Gourlez de la Motte, responsable du projet. Une station météo et des capteurs ont été installés, depuis 2010, dans une prairie permanente appartenant à Adrien Paquet, éleveur à Dorinne. « Nous avons choisi une exploitation de race blanc bleu belge pour que l’étude soit la plus représentative de ce qui se fait en Wallonie­. La charge en bétail était en moyenne de 2,3 UGB/ha. Le rendement en matière sèche avoisine­ 8 t/ha. »

Un hectare de prairie absorbe le carbone émis par une voiture qui roulerait entre 15 000 et 45 000 km par an

Le bilan implique de tenir compte de la photosynthèse, la respiration du sol, la végétation et des vaches. « Nous avons mesuré l’échange net de l’écosystème, en prenant en compte, entre autres, la complémentation de la ration lorsque les vaches sont au pâturage, et la fertilisation organique du pré. » En calculant la différence entre import et export de CO², on découvre si le bilan est en émission ou en absorption et comment le sol réagit.

Au niveau du flux net, pour chaque année étudiée depuis neuf ans, la photosynthèse des végétaux est plus importante que la respiration combinée du bétail et de l’écosystème. La nature absorbe plus de carbone qu’elle n’en émet, même lorsque les années ont eu un hiver plus long ou une végétation tardive. Selon les données des scientifiques, entre 0,5 et 1,5 tonne de carbone a été stockée par hectare et par an. Pour donner un ordre de grandeur, cela revient à écrire qu’un hectare de prairie absorberait le carbone émis par une voiture qui roulerait entre 15 000 et 45 000 km par an. Adrien Paquet est fier d’avoir participé à cette étude : « Consommer de la viande entretient nos prairies qui stockent le CO2 dans le sol. C’est un cycle vertueux. »

Christophe Dequidt

(1) Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Une étude plébiscitée

Adrien Paquet a été cité comme l’un des cinq agriculteurs « de valeur » de l’année en 2019, à la foire de Libramont, équivalent du Space en Belgique, pour son implication dans l’étude universitaire.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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