Dans l’Aude, une cinquantaine d’éleveurs de la Piège ne touchent plus l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) depuis 2021. Leurs 26 communes, situées pourtant en coteau sur des sols peu profonds, caillouteux et séchants, se sont retrouvées classées en « plaine » au vu d’analyses réalisées uniquement en bord de rivière.

8 000 euros de perte en moyenne

« Nous avons déposé un recours devant le Conseil d’État, qui a reconnu l’erreur sans rien proposer pour la réparer. Nous allons poursuivre devant le tribunal administratif », lance Loïc Albert, porte-parole du collectif « Pour que vive la Piège ».

Sur les exploitations, la perte, en moyenne de 8 000 €, réduit d’autant le revenu. Certains ont des réserves et peuvent faire face provisoirement, d’autres non. « Avec l’assistante sociale de la MSA, nous cherchons des solutions pour alléger leurs cotisations », poursuit Loïc Albert.

Des projets collectifs

« En 2020, nos résultats économiques se sont déjà dégradés. Et avec la flambée des prix des carburants et du soja, cela ne va pas s’arranger », relève Jean-Paul Marty, éleveur laitier à Gaja-la-Selve. Avec le même profil de terres, ses voisins ont conservé l’ICHN car leur commune n’a pas été déclassée.

« Cela crée des différences au sein d’une même zone », regrette l’éleveur. Sa fille Aurélie Marty n’a pas renoncé pour autant à s’installer en créant un atelier ovin. « Mais entre la baisse de la dotation jeune agriculteur (DJA) et la perte de l’ICHN, j’aurai 50 000 € de moins sur les quatre premières années pour financer mon projet », note-t-elle.

À Cazalrenoux, un nouvel associé devait s’installer au Gaec de Barsa. « Sans l’ICHN, ni les aides au maintien de la bio, nous allons rentrer 30 000 € de moins. Nous devons revoir l’étude économique », souligne Michel Bromet, un des associés.

Dans cette petite région, les éleveurs sont déjà bien engagés dans la transformation et la vente directe. « Sans lâcher le combat juridique, nous réfléchissons aussi à des solutions collectives pour transformer de nouveaux produits et conserver plus de valeur ajoutée sur notre territoire », ajoute Loïc Albert.

Frédérique Ehrhard