« C’est comme si les animaux étaient les nouveaux prolétaires du capitalisme productif, les derniers martyrs, les seules incontestables victimes, parce qu’ils cumulent toutes les servitudes », a expliqué Francis Wolf, à l’occasion d’un colloque organisé le 13 novembre 2019 à l’Assemblée nationale sur la relation entre l’homme et les animaux.

Des concepts politiques détournés

Le philosophe, Francis Wolff, n’en démord pas : ça n’est pas l’animal mais bien la politique, la principale source des mouvements animalistes, insiste-t-il. L’auteur de Plaidoyer pour l’universel (Fayard) estime que les antispécistes vont jusqu’à détourner et reprendre les concepts politiques forgés par le passé pour penser l’asservissement des hommes : « On parle de libération animale comme on parlait naguère de libération de certains peuples ou de certaines classes, on qualifie certaines formes d’abattage de génocide animal. »

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L’utopie animaliste poursuit le dessein de libérer les animaux, « comme si on pouvait délivrer de proche en proche tous les dominés, les précaires, les subalternes, les pauvres, etc. ». Bref, pour en contrepartie, devenir un héros. Pourtant, les combats ne manquent pas, poursuit le philosophe. « Dans les grandes mégapoles du monde alors même que les crises humanitaires se multiplient, il y a un repli, anti-humanitaire, presque général, et une brusque montée de la sensibilité animale. »

La pathologie de l’égalitarisme

Le philosophe juge par ailleurs ses mouvements « radicaux » dangereux, car « ils s’estiment d’autant plus justifiés à mener une lutte parfois violente contre l’exploitation animale qu’ils s’estiment porte-parole de victimes ne pouvant se libérer elles-mêmes ».

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« Rien n’est plus dangereux que ces justiciers qui luttent au nom des sans-voix, continue-t-il. Ce nouveau front de lutte qui progresse de jour en jour s’alimente à ce que nous pouvons appeler la pathologie de l’égalitarisme. Cette idée d’égalité, nous devons évidemment la défendre entre êtres humains contre toutes les formes d’oppression et de discrimination. Mais c’est comme si cette raison était devenue une passion incontrôlable et surtout sans bornes. Mais qui ne voit que dans cette nouvelle utopie, la liberté et l’égalité sont en fait devenues folles ? »

Ni chose, ni personne

Selon le philosophe, deux maux guettent en réalité les animaux : ceux d’être réduit à une chose et d’être assimilé à une personne. Et les animaux n’ont pas plus à gagner dans un cas que dans l’autre, considère-t-il. « Si un animal est une chose, il peut être réduit à une marchandise insensible. Et si l’animal est une personne, il faut qu’il puisse être tenu pour responsable de ses actes et qu’ils ne soient plus attribués à sa nature, mais à son intention délictueuse. Il faudrait alors refaire, comme au Moyen-Âge des procès aux animaux. »

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Le philosophe précise par ailleurs que l’animal n’existe pas, mais des millions d’espèces animales « que l’on ne peut regrouper dans une seule catégorie ». Francis Wolff admet cependant quelque intérêt à ces mouvements qui contribuent notamment à la prise de conscience par l’opinion publique et parfois par des éleveurs, de la nécessité du bien-être des animaux. Francis Wolff rappelle aussi que le bien-vivre des éleveurs est compatible avec le bien-être des animaux, il en est aussi la condition indispensable.

Rosanne Aries