Avril, filiale de Sanders, est une nouvelle fois pris pour cible. « Sanders et toute l’industrie de l’élevage intensif considèrent les animaux comme des machines à produire avec des réglages à optimiser, une simple matière première à notre disposition », déplore Nagui, l’animateur de télévision, dans la vidéo publiée par l’association abolitionniste le 19 juin 2019.

Les images tournées dans la station du groupe, dans la Sarthe, ne s’en tiennent pas uniquement aux vaches dites « à hublot » mais dénoncent plus globalement les conditions de vie des animaux au sein des centres de recherche : veaux, lapins et porcs ne sont pas épargnés.

« Ces recherches, destinées à booster toujours plus la productivité des animaux via leur alimentation, ont des conséquences sur l’ensemble des animaux d’élevage qui se verront appliquer le même régime alimentaire à l’origine de nombreux problèmes de santé : boiteries, déficiences pulmonaires ou cardiaques, troubles digestifs ou encore inflammations de la peau, épuisement de l’organisme », explique l’association anti-élevage.

Comme à chaque fois, les réactions ont fusé sur les réseaux sociaux. « Bien naïf de croire que c’est pour le bien de l’humanité que Sanders et le groupe Avril font ces expériences immondes », « Il n’y a rien qui puisse justifier ce cauchemar », « Abominable », « Comme une envie de devenir végétarien »… L’indignation règne.

Quelques agriculteurs et Nutrinoë, organisation professionnelle qui compte Sanders parmi ses adhérents, tentent toutefois de livrer quelques explications.

Peu d’animaux concernés

Le groupe Avril a vivement dénoncé cette accusation. Il a « déploré une nouvelle fois la manipulation d’images montées, tournées de nuit à des fins sensationnalistes » et assure que le procédé dit de fistulation, « employé depuis longtemps en recherche animale », est utilisé au sein du centre d’expérimentation de Sourches « sur six vaches » et « fait l’objet de recherches devant permettre la mise en place de pratiques alternatives ». « Ce procédé s’accompagne d’un suivi vétérinaire extrêmement rigoureux et représente à l’heure actuelle l’unique solution permettant d’étudier la digestion des protéines végétales », confie Avril à l’AFP.

De son côté, l’Inra a déclaré à l’agence de presse utiliser la technique sur une trentaine de vaches. « La pose de la canule se déroule sous anesthésie et dans une salle d’opération, indique Jean-Baptiste Coulon, président du centre Inra Auvergne-Rhône-Alpes. Les animaux sont en état de bien-être normal. On le vérifie, sinon éthiquement on ne le ferait pas et en plus, nos expériences n’auraient pas de valeur scientifique. » Le chercheur précise que l’institut travaille également sur certaines alternatives à base « de modèles mathématiques, expériences in vitro et capteurs divers ».

Une pratique encadrée

Impressionnant, sûrement, mais loin d’être laissé au hasard. Que dit le code rural ? L’utilisation des animaux à des fins scientifiques est encadrée par les articles R214-87 à R214-137. Il y est explicitement inscrit qu’une expérimentation concernant « la mise au point, la production ou des essais de qualité, d’efficacité et d’innocuité […] d’aliments pour animaux » est jugée licite, à condition qu’elle respecte ces trois principes fondamentaux (3R) :

  • Remplacement : ne peut être supplantée par une autre méthode expérimentale ;
  • Réduction : réduire au maximum le nombre d’animaux concernés ;
  • Raffinement : offrir des conditions de vie et les soins nécessaires à la réduction de la douleur.

Il est également mentionné que, sauf exception, « toutes les procédures expérimentales doivent être pratiquées sous anesthésie générale ou locale ». Enfin, toute expérimentation doit être autorisée par le ministère de la Recherche après avoir été évaluée par un comité d’éthique agréé.

A. Courty, avec l’AFP