Entre 2016 et 2019, la peste porcine africaine a décimé 7 % du cheptel de la Chine, entraînant une baisse de la production du pays de 5 % durant cette même période. Pour satisfaire les besoins de son marché interne, le leader mondial, qui concentre 45 % des 122 millions de tonnes produites annuellement dans le monde, cherche à établir des bases de production à l’international.

25 000 unités de production

Avec un statut sanitaire excellent et une production abondante de maïs et de soja, l’Argentine est particulièrement convoitée. Les deux pays envisagent un accord de coopération dans le secteur porcin. Pour l’instant, les autorités évoquent un investissement chinois de près de quatre milliards de dollars pour installer 25 unités de production intégrées de 12 000 mères chacune. Aujourd’hui, les plus grands élevages comptent environ 8 000 truies, et ceux de plus de 1 000 truies représentent moins de 5 % des 3 855 exploitations du pays.

Pour atteindre la production annoncée de 882 000 tonnes sur quatre ans, l’Argentine devra augmenter son stock de presque dix millions d’animaux. Des chiffres que relativise Lisandro Culasso, président de l’association argentine de production porcine (AAPP). « Les conditions ne sont pas encore définies et nous espérons que le gouvernement nous permettra de prendre part aux discussions sur ce sujet. Si cet accord représente une opportunité de financement pour la croissance du secteur porcin, nous devons être attentifs au maintien de l’excellent statut sanitaire de l’Argentine », ajoute-t-il.

Limiter la concentration

Il faudra pour cela éviter que l’augmentation du cheptel ne passe par l’importation d’animaux et veiller à limiter la concentration de la production. Autre point de vigilance : les marchés. « L’Argentine exporte de la viande porcine depuis trois ans vers la Chine (60 % des exportations), la Russie et Hong Kong. Avant d’augmenter la production, il faut d’abord travailler sur l’ouverture de nouveaux marchés afin de ne pas être dépendants du seul débouché chinois », prévient Lisandro Culasso.

Selon la Fondation environnement et ressources naturelles (FARN), cette hausse de la production impliquerait une pression supplémentaire sur la ressource en eau et l’expansion des cultures de maïs et de soja sur, respectivement, 290 000 et 250 000 hectares. « Notre principale crainte concerne la déforestation liée à ces cultures, notamment dans les provinces du nord qui sont déjà les plus touchées », souligne Hernán Giardini, de Greenpeace Argentine. De manière générale, les associations déplorent le manque de transparence entourant cet accord. Selon María M. Di Paola, de la FARN, « avec le cumul des crises sanitaire et économique, la priorité est donnée aux investissements, mais il est important de mettre en place un processus d’analyse environnementale de ces derniers à l’échelle nationale ».

Laura Hendrikx
Au cours © L. Hendrix