À Pâques, tous les maillons de la filière ovine semblent avoir joué le jeu pour écouler les agneaux. « Les bouchers ont beaucoup travaillé pour répondre à la demande, précise Michèle Boudoin, la présidente de la Fédération nationale ovine (FNO). Ils ont même changé leur façon de travailler l’agneau pour s’adapter en proposant des petites portions “faciles à cuisiner”, y compris dans les GMS. Cela fait longtemps que nous plaidions pour cette présentation qui permet aux jeunes de consommer plus régulièrement de la viande d’agneau. »

Des prix bas

Les éleveurs espèrent rester sur cette dynamique de consommation. « À condition aussi que les prix soient stabilisés », ajoute Michèle Boudoin. Si les bergeries se sont vidées, les éleveurs ont concédé des prix bas. « Certaines enseignes se sont dites prêtes à vendre de l’agneau français jusqu’à la mi-juillet. Je dis chiche ! Mais il faut que l’on stabilise le prix. Je rappelle que nous faisons partie des citoyens “au front”. Nous devons nous y retrouver en termes de revenu », rappelle Michèle Boudoin.

Certaines enseignes se sont dites prêtes à vendre de l’agneau français jusqu’à la mi-juillet. Je dis chiche !Michèle Boudoin, présidente de la Fédération nationale ovine

Concernant les sorties d’agneaux prévus pour les prochaines semaines, elles dépassent 60 000 têtes par semaine. « Il y aura entre 43 000 et 46 000 agneaux par semaine issus du bassin allaitant jusqu’à la mi-mai, auxquels il faudra ajouter 17 000 agneaux par semaine issus des élevages laitiers à partir de la semaine du 20 au 24 avril et jusqu’à la mi-juin », calcule la représentante syndicale.

Incertitude de la consommation pendant le Ramadan

L’aval sera-t-il en capacité d’absorber ce flux ? Les petits abattoirs privés qui ont fonctionné à plein malgré des effectifs de main-d’œuvre limités vont-ils pouvoir tenir le rythme ? La demande de la vente directe à la ferme qui aurait doublé juste avant Pâques va-t-elle se maintenir ? Rien n’est sûr. La demande des familles qui pratiquent le Ramadan n’est pas garantie non plus.

« Ces consommateurs seront peut-être tentés de privilégier la viande d’importation », ajoute Michèle Boudoin. Concernant le stockage privé, la demande pour recourir à cette possibilité a été faite par le ministre de l’Agriculture à la Commission européenne, mais celle-ci ne devrait pas donner de réponse avant le 27 avril. Des régions, comme les Hauts-de-France, se sont montrées intéressées pour investir dans l’achat de produits locaux. Cela constitue des possibilités de construire des vrais projets concertés. »

‘ » Il nous a manqué au moins 20 € par agneau »

Le prix de vente reste une grande déception des producteurs pour la période de Pâques. « Il nous a manqué au moins 20 € par agneau, déclare Denis Perreau, secrétaire général de la Confédération paysanne. Si une partie des abatteurs et des distributeurs ont joué le jeu de la production française avant Pâques, une partie d’entre eux se sont tournés vers les importations irlandaises à très bas prix dès le mardi qui a suivi Pâques. L’ambiance n’est pas favorable pour la consommation pendant le Ramadan. »

M.-F. M.