« L’Asie a produit près de 540 millions de porcs en 2019, couvrant plus de la moitié de la production mondiale, rapporte Jan-Peter Van Ferneij, économiste à l’Institut du porc (Ifip) lors d’un webinaire le 10 juin 2020. La Chine, recensant 435 millions de têtes, domine largement le marché. Mais, depuis l’apparition de la peste porcine africaine (PPA) en août 2018, ce pays s’est avéré le plus touché, avec la perte de 30 à 50 % de ses effectifs. De l’élevage de « basse-cour aux grandes structures industrielles, tous les types de production ont été affectés par le virus. »

Alors que l’Asie avait enclenché une restructuration de sa production porcine, l’arrivée du coronavirus constitue un second point de rupture à la relance. À l’échelle mondiale, les équilibres d’offre et de demande sont déstabilisés et la production de porc perd 8 %, en volumes, en 2020 par rapport à 2019.

La production chinoise au plus bas

« En Chine, le nombre de truies a été divisé par deux, depuis le début de l’épidémie de PPA. La baisse de l’offre a été particulièrement marquée au second semestre 2019, en lien avec la décapitalisation du cheptel. Mi 2020, on devrait assister à la fin d’un cycle et à une relance progressive de la production. Mais, sans réelle maîtrise de la PPA, rien n’est gagné d’avance », indique Jan-Peter Van Ferneij.

Or, la gestion sanitaire n’est pas le point fort des élevages chinois. « La mise en place de la biosécurité est difficile, l’équarrissage est inexistant et beaucoup de vecteurs de contamination persistent : bâtiments ouverts, absence de traitement des eaux usées, personnel mal formé en termes de biosécurité, mauvaise conservation de l’alimentation animale, transport… », explique l’expert.

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De fortes restructurations en cours

Actuellement, d’importantes restructurations s’opèrent dans le secteur. « Des structures, regroupant 10 000 à 30 000 truies, voient le jour, bien que leur construction ait été retardée par le confinement, relève Jan-Peter Van Ferneij. En parallèle, la Chine s’était fixée comme objectif en 2020 de faire disparaître les élevages de « basses-cours » au profit de grands complexes de production basés sur la technicité. » Force est de constater que les « basses-cours » (effectif inférieur à 50 porcs) représentent encore 25 % de la production, tandis que les fermes familiales en couvrent 50 %.

« Mais avec la hausse du prix du porc, la rentabilité des élevages a plus que doublé entre 2019 et 2020, favorisant la course à la taille des élevages, appuie l’expert. Aujourd’hui, beaucoup de bâtiments sont encore vides. Les intégrateurs chinois sont en quête d’animaux reproducteurs pour repeupler les grandes structures, et cherchent surtout à éviter le regroupement de lots de porcelets de diverses provenances, qui serait source de recontamination à la PPA. »

Les États-Unis, premiers fournisseurs de la Chine

Face à la chute de la production, les importations chinoises en viande de porc ont fortement augmenté. En 2019, deux tiers des importations provenaient d’Europe. Au premier trimestre 2020, les États-Unis prennent la première place en volumes, avec près de 270 000 tonnes exportées en Chine, suivis de l’Espagne et de l’Allemagne.

« Le coronavirus avait temporairement ralenti la cadence des échanges, mais depuis mai-juin, la situation s’est rééquilibrée. Pour les perspectives à venir, de nouvelles tensions se profilent entre le géant américain et la Chine, ce qui pourrait inciter le Vieux Continent à reprendre la main sur les marchés à l’export. Reste à voir comment évolueront la demande et le prix du porc sur le reste de l’année », souligne l’économiste de l’Ifip.

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Lucie Pouchard