« L’usage des antibiotiques dans les filières animales a diminué de 48 % en tonnage depuis 2011 », se félicite Jean-Pierre Orand, directeur de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV), à l’occasion d’une conférence de presse organisée le 15 novembre 2019 en amont de la semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques. Les progrès réalisés par la France sur ce dossier sont parmi les plus importants au niveau européen.

Les filières hors sol se détachent

« Si on parle du niveau d’exposition des animaux aux antibiotiques, ou ALEA (1), la réduction se chiffre à 38 % entre 2011 et 2018 et concerne toutes les filières d’élevage », ajoute-t-il. Il existe de fortes variations interespèces. D’après le rapport de 2018 sur le suivi des ventes de médicaments vétérinaires publié par l’Anses, l’ALEA bovin a diminué de 17 % depuis 2011 contre 45 % pour les porcs, 55 % pour la volaille et 42 % pour les lapins.

Entre 2017 et 2018, les filières bovines et cunicoles affichent néanmoins une hausse respective de 8 % et 2 % de leur ALEA. Ce rebond s’observe aussi pour les antibiotiques critiques (2) que sont les fluoroquinolones et les céphalosporines de troisième et quatrième générations. « C’est un premier signal d’alerte pour nous, on s’approche d’un seuil plancher pour certaines espèces et familles d’antibiotiques, reconnaît Jean-Pierre Orand. Même si le zéro antibiotique n’est ni souhaitable ni réaliste, il ne faut pas relâcher notre attention. »

Après un premier plan Ecoantibio réussi, l’Anses se dit confiante sur le second. « La baisse de l’exposition des animaux s’inscrit dans la durée et l’objectif spécifique à la colistine [usage divisé par deux entre 2017 et 2021, NDLR] est déjà atteint en porcs et est en passe de l’être chez les bovins et les volailles. »

Contenir la résistance acquise

Sauf pour la colistine, la proportion de souches résistantes aux antibiotiques critiques ne cesse de diminuer. « En 2018, la proportion de résistance aux céphalosporines est de 6 % pour la filière équine, 2,3 % en bovins et moins de 2 % sur les autres filières », illustre Jean-Yves Madec, responsable du pôle de l’antibiorésistance à l’Anses.

« Concernant les fluoroquinolones, les proportions toutes espèces sont resserrées entre 3 et 8 %. », poursuit-il. Seul bémol, la colistine pour laquelle « une augmentation constante de la proportion des souches sensibles » est pointée du doigt dans le rapport Résapath (3) publié par l’Anses. Sur les autres familles d’antibiotiques, la tendance est à la stabilisation.

« Un monde sans antibiorésistance n’est pas envisageable mais il faut poursuivre nos efforts, au moins en ce qui concerne la résistance aquise via un changement durable des pratiques pour une bonne utilisation des antibiotiques en élevage », conclut Jean-Yves Madec.

A. Courty

(1) L’ALEA (Animal level of exposure to antimicrobials) est un indicateur corrélé au pourcentage d’animaux traités par rapport à la population animale totale.

(2) Antibiotiques critiques : « regroupent à la fois ceux qui sont particulièrement générateurs de résistances bactériennes, ceux qui présentent un intérêt particulier en traitement dit de dernier recours. » Définition de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé).

(3) Réseau d’épidémiosurveillance de l’antibiorésistance des bactéries pathogènes animales.

Votre analyse du marché - Bovins de Boucherie

Demande moins soutenue en races à viande

L’activité commerciale est très calme dans le secteur de l’aval, face à un recul de la demande dans les aloyaux. L’offre en vaches de réforme laitières correspond mieux à la demande un peu moins soutenue.