Malgré la mobilisation sur le sujet, les résultats sont inégaux. Le rapport note que « des progrès [ont été] réalisés dans 154 pays », mais que « d’importants écarts » subsistent. « Certains pays, dont de nombreux pays européens, œuvrent depuis plus de 40 ans à l’élaboration de politiques en matière de résistance aux antimicrobiens », tandis que « d’autres pays n’ont commencé que récemment à prendre des mesures pour endiguer cette menace croissante ».

Sans grande surprise, les progrès sont plus importants dans les pays riches que les pauvres… « Cependant, tous ont une certaine marge d’amélioration », constatent les agences.

Il est urgent d’intensifier l’action

Dans les secteurs animal et agroalimentaire, « il est urgent d’accroître les investissements et d’intensifier l’action, appellent-elles. Par exemple, seuls 64 pays indiquent respecter les recommandations de la FAO, de l’OIE et de l’OMS consistant à limiter l’utilisation d’antimicrobiens d’importance critique comme facteurs de croissance dans la production animale. » Sur ces 64 pays, 39 sont des pays à revenu élevé, dont la majorité de la Région européenne de l’OMS, contre seulement 3 pays de la Région africaine et 7 pays de la Région des Amériques.

Par ailleurs, « 67 pays déclarent disposer de lois permettant de contrôler tous les aspects de la production, de l’homologation et de la distribution d’antimicrobiens destinés aux animaux », tandis que 56 pays indiquent ne pas avoir de politique ou de législation à ce sujet, ou ne sont pas en mesure d’indiquer s’ils avaient mis en place de telles politiques.

Éliminer les antimicrobiens comme facteurs de croissance

Les responsables de la FAO, de l’OMS et de l’OIE appellent les pays à « déployer davantage d’efforts pour réduire l’utilisation non réglementée et excessive d’antimicrobiens dans l’agriculture », et exhortent « à éliminer progressivement l’utilisation d’antimicrobiens comme facteurs de croissance dans la production animale – animaux terrestres et aquatiques. »

Pour les agences, la priorité absolue est d’apporter « un soutien aux pays à revenu faible ou intermédiaire » afin de les aider à appliquer les « normes internationales spécifiques de l’OIE, une législation nationale adaptée et le renforcement des services vétérinaires ».

Dans les secteurs de l’environnement et de la santé végétale, le rapport « constate un manque important de mesures et de données ». Et énumère : « si 78 pays disposent de réglementations visant à prévenir la contamination de l’environnement, seuls 10 déclarent être dotés de systèmes complets pour assurer la conformité des activités de gestion des déchets aux réglementations, notamment celles qui limitent le rejet de résidus dans l’environnement. » Pour les agences, « ces mesures sont insuffisantes. »

105 pays dotés d’un système de surveillance

En santé humaine, les progrès sont plus importants : 105 pays sont désormais « dotés d’un système de surveillance pour la notification des infections résistantes aux médicaments et 68 pays dotés d’un système de suivi de la consommation d’antimicrobiens, énumère le rapport. En outre, 123 pays ont indiqué avoir adopté des politiques visant à réglementer la vente d’antimicrobiens, y compris la nécessité d’une ordonnance pour l’usage humain ».

Néanmoins, l’efficacité de ces mesures est très variable : dans certains pays, la vente est mal encadrée, et les médicaments sont disponibles dans des marchés, à la sauvette, sans aucun contrôle. Bref, il reste encore du pain sur la planche.

(1) Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, Organisation mondiale de la santé et Organisation mondiale des épizooties.

E.C.