Au début de mars 2020, beaucoup de voyants s’affichaient au vert pour la production ovine. Les prix étaient déjà élevés par rapport aux années précédentes et les éleveurs, habitués à l’envol des cotations dans le mois qui précèdent Pâques, se réjouissaient par avance. Le Covid-19 est venu anéantir leurs espoirs.

Dès la semaine qui a suivi le confinement, c’est-à-dire la semaine 13, du 23 au 27 mars 2020, « il y a eu un mouvement de panique, observe Philippe Chotteau, de l’Institut de l’élevage. Les abattages ont reculé de 44 % par rapport à la même semaine d’avant Pâques 2019. Toute la filière a eu très peur. D’autant plus peur que les cotations se sont littéralement effondrées », ajoute l’expert.

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Les stocks d’agneaux semblent écoulés

Aujourd’hui, à la veille de Pâques, les stocks d’agneaux sur pied en ferme semblent être écoulés en grande partie. « Mais nous n’avons pas d’indicateurs précis pour évaluer les agneaux qui restent en bergerie, souligne Philippe Chotteau. Grâce à la campagne de communication et à l’implication de beaucoup d’opérateurs de la filière, l’agneau arrive en magasin. Les agneaux sous signe officiel de qualité semblent s’être écoulés plus facilement, mais finalement même les agneaux standards se sont vendus. »

Les inquiétudes n’ont pas disparu pour les semaines qui viennent. Les exportations du Royaume-Uni, de l’Irlande ou de l’Espagne pèseront-elles sur notre marché ? « La situation dépendra beaucoup du dynamisme de la consommation en France, de la volonté des distributeurs et de la possibilité de l’Irlande ou de l’Espagne à accéder au stockage privé européen pour attendre la fin du confinement », estime Philippe Chotteau.

Exportations bloquées

En France, les sorties des agneaux vont se poursuivre. « Alors que les exportations sont bloquées à ce jour », signale Michèle Boudoin, de la Fédération nationale ovine. Cela risque de freiner les opportunités des semaines à venir. « D’autant que les pays arabes acheteurs sont en train de se confiner aussi et rendent le trafic d’animaux vivants très compliqué, » ajoute l’éleveuse.

Le point positif, c’est que le niveau de la consommation de l’agneau, « aidé par la campagne de promotion et un certain nombre de GMS (grandes et moyennes surfaces) qui l’ont particulièrement mise en avant », précise Philippe Chotteau. Il reste que la consommation de la restauration hors domicile est, quant à elle, à un niveau très faible et « au final, il est probable que le bilan de la consommation d’agneau soit inférieur à d’habitude ».

Effondrement des prix Royaume-Uni aussi

Au Royaume-Uni, l’impact du Covid-19 est aussi très lourd. Les cotations se sont effondrées aussi depuis la mi-mars. Comme le pays est sorti de l’Union européenne, il ne pourra pas recourir au dispositif de stockage privé.

S’il n’arrive pas à exporter, soit il fera du report sur pied, ce qui donnera des agneaux d’herbe mais très lourds en espérant des jours meilleurs à court terme ou il sera obligé de congeler.

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M.-F. M.