« Il n’y a pas le moindre doute sur le fait que le prix du lait ne sera pas affecté par le delta d’éventuelles pertes que le groupe pourrait rencontrer par rapport à cet incident à Craon. » C’est ce qu’a déclaré Michel Nalet, directeur de la communication de Lactalis, lors de son audition devant la commission économique du Sénat, le 24 janvier 2018 à Paris.

Outre le lourd volet sur les défaillances de retrait des lots infectés par des salmonelles, et l’absence de publication des comptes de l’entreprise, les sénateurs ont sondé le porte-parole de Lactalis sur les risques qui pèsent sur les producteurs laitiers.

Comment aider vos producteurs à passer cette période ?

« Si l’activité de Craon cesse, ce seront plusieurs centaines d’élevages qui seront impactés », souligne Sophie Primas, sénatrice des Républicains dans les Yvelines. Juste avant, elle rappelait qu’un appel au boycott des produits Lactalis est lancé sur les réseaux sociaux, un risque supplémentaire pour la production des éleveurs. « Certains craignent que dans le cadre des négociations qui s’annoncent, le prix d’achat de leur production soit revu à la baisse afin de préserver vos marges. Crainte infondée ou conséquence naturelle, interroge-t-elle. Comment aider vos producteurs à passer cette période ? »

Le prix du lait n’a pas été le chapitre le plus développé lors de cette audition. Michel Nalet, concis, déclare que les représentants des syndicats agricoles ont été rencontrés, de l’échelle locale au niveau national, et qu’il leur a clairement été assuré que le prix ne souffrirait pas de l’affaire des salmonelles.

« Depuis le 1er décembre, il n’y a eu aucune rupture de collecte à Craon », dit-il, assurant que tout a été fait pour pérenniser la production. Quant au prix, le directeur de la communication rappelle qu’il dépend « à la fois du marché national et de l’environnement international. » Pas d’une variable locale.

Collaboration avec l’Observatoire du prix et des marges

Chahuté sur le sujet de la publication des comptes de l’entreprise, Michel Nalet a assuré aux sénateurs qu’en dépit de publier ses chiffres, Lactalis allait collaborer avec l’Observatoire des prix et des marges. « Nous sommes un groupe familial et nous sommes attachés à notre indépendance, justifie-t-il. Nous ne sommes pas opposés au dépôt des comptes mais nous sommes opposés au jeu de la communication qui pourrait en être fait. L’Administration fiscale connaît très bien nos comptes. Notre groupe paye ses impôts en France. Il y a une très grande transparence vis-à-vis de cette Administration. »

Michel Nalet a par ailleurs indiqué qu’il était du ressort de Lactalis « d’avancer pour que l’Observatoire des prix et des marges ait des données claires, précises et concises sur les marges effectuées », et cela même « s’il y a là aussi des problèmes de confidentialité » à traiter. « L’objet de l’amendement Sapin 2, c’est de pouvoir donner des informations sur les niveaux de marge réalisés par l’ensemble de la filière, mais nous souhaitons pouvoir aussi protéger le secret des affaires », précise-t-il.

Répondant aux remarques des sénateurs déçus de ne pas avoir en face d’eux le président du groupe, Emmanuel Besnier, Michel Nalet déclare : « Dans le contexte dans lequel nous sommes, il n’a effectivement pas souhaité venir. Cela ne veut pas dire qu’il ne le fera pas dans le futur. »