« On découvre que des veaux de huit mois sont arrachés des entrailles de leur mère. C’est une pratique que vous connaissiez, puisqu’elle est légale. » Telle est la question que Elizabeth Martichoux, journaliste sur RTL, a posée ce 4 novembre 2016 à Stéphane Le Foll. Prenant cette remarque pour un grief, le ministre n’a pas caché son exaspération. « À chaque fois vous poserez les mêmes questions, sous-entendant que je suis responsable de toutes les horreurs qu’on a pu voir par L214 ? » interroge-t-il, conscient que cette vidéo ne sera pas la dernière.

« On peut rendre la réglementation plus sévère »

Oui, Stéphane Le Foll l’admet, l’abattage des vaches gestantes est autorisé par une directive européenne. Il rappelle néanmoins que cette pratique est limitée à huit mois de gestation, puisque dès lors que le terme est proche, les femelles ne sont plus légalement transportables. « On peut rendre la réglementation plus sévère, assure-t-il. Toute mesure qui permettra d’éviter que l’on choque encore une fois, et tout ce qui va faire que le bien-être animal sera respecté, doit être prise et doit être avancée. C’est ce que je fais. »

Le ministre s’est défendu en rappelant qu’un amendement mis en place dans la loi Sapin II fera des manquements aux règles du bien-être animal, dans les abattoirs et les entreprises de transport, un délit puni de sanctions. Ce texte apparaît aussi comme une protection pour les lanceurs d’alerte. « Il doit également faire en sorte que soient davantage respectés les vétérinaires », ajoute-t-il en rappelant que des postes ont été ajoutés dans les abattoirs.

Quid de la souffrance des éleveurs

Du côté des syndicats, le Modef publie ce 4 novembre 2016 un communiqué. Conscient que ces vidéos de fœtus jetés dans des bennes d’équarrissage sont choquantes, il estime néanmoins que les animaux ne doivent pas être mis au même rang que celui des humains. Le Modef regrette que ne soit jamais évoquée la souffrance des éleveurs, « obligés de décapitaliser leurs cheptels à la suite des baisses de prix à la production et des aléas climatiques ».

« On s’offusque de voir des fœtus aller dans les bennes d’équarrissage et on se voile la face sur les 417 hommes et 68 femmes qui se sont suicidés en 2015, notamment chez les éleveurs âgés de 45 à 64 ans », écrit Patrick Sage, membre de la commission de l’élevage du syndicat.

S’agissant des conditions d’abattage, le Modef dénonce « l’organisation industrielle des abattoirs entraînant de graves dysfonctionnements par rapport au bien-être animal : étourdissement inefficace, cadences d’abattage trop rapides, non prise en compte de la perception des animaux… » Il exige que les éleveurs puissent avoir un droit de regard, et promeut les alternatives d’outils d’abattage de proximité.

Hélène ChaligneJournaliste au service de l’élevage