Aujourd’hui, 12 000 éleveurs de bovins sont engagés dans les démarches Ferme laitière bas carbone et/ou Beef carbon. Dans cette continuité, le crédit carbone apparaît désormais comme « un élément supplémentaire pour la prise de décision des éleveurs » vers des usages plus vertueux pour l’environnement, explique Thierry Geslain, directeur du développement durable du Cniel, l’interprofession des métiers du lait.

Sur une ferme moyenne française, une réduction de l’empreinte carbone de l’ordre de 14 % sur 5 ans équivaut à une « économie » d’émissions de 400 tonnes de carbone. « Actuellement, le carbone se monnaye entre 15 et 20 €/tonne, précise Jean-Baptiste Dolle de l’Institut de l’élevage (Idele) à l’occasion d’une conférence présentée au Space. La vente de crédits carbone est promise à un bel avenir car de plus en plus d’entreprises recherchent la neutralité carbone et achètent de tels contrats sur le marché pour compenser leurs propres émissions ».

Les petits ruminants bientôt concernés

Bien que le référentiel « Label bas carbone » ait été créé en novembre 2018 par le ministère de la Transition écologique, seule la foresterie a été labellisée à ce jour mais la certification sur le secteur bovin est imminente selon M. Geslain du Cniel, qui se sent ainsi « plus optimiste » sur le fait que la filière laitière atteindra bien l’objectif qu’elle s’est donné de réduire de 20 % ses émissions de carbone d’ici 2025 et d’avoir 100 % des éleveurs impliqués dans la démarche Ferme laitière bas carbone d’ici 2028.

À partir de ce référentiel national « Label bas carbone », les filières bovines ont développé une méthodologie de calcul de crédit carbone, nommée « Carbon Agri ». Il prévoit qu’une entreprise ou une collectivité qui veut compenser sa production de CO2 finance le projet de réduction des émissions de carbone d’un groupement d’éleveurs (décidé et validé via le diagnostic Cap’2ER de niveau 2, bientôt transposé pour les ovins et les caprins) au travers d’un contrat sur cinq ans, renouvelable. « Des entreprises comme La Poste, ou des groupes de luxe français se sont déjà montrés intéressés », selon M. Geslain.

L’association Carbon Agri France, créée en avril 2019, a pour but de coordonner et d’optimiser la gestion des projets, qui doivent être notifiés auprès du ministère de l’Écologie, et d’organiser l’offre en crédits carbone sur le marché pour les éleveurs qui le souhaitent. « Les premiers appels à projet seront lancés dès l’automne », ajoute Jean-Baptiste Dolle.

Des solutions pour réduire les émissions

Lors d’une expérience conduite sur 4 000 élevages laitiers, l’Idele, en partenariat avec les syndicats agricoles, a identifié dix leviers majeurs pour améliorer les émissions de carbone, ou son captage. Le recyclage des déchets, le maintien des prairies, l’encadrement du nombre d’animaux improductifs, la plantation de haies ou encore l’optimisation de l’alimentation des vaches sont autant d’actions disponibles. Le diagnostic personnalisé Cap’2ER permet de voir quelles solutions sont les plus appropriées selon les systèmes concernés et les objectifs des éleveurs.

Au bout de deux ans d’expérience, les 4 000 exploitations ont vu « les émanations de carbone reculer de 6 % alors que les éleveurs n’avaient mis en pratique qu’une ou deux solutions chacun », explique M. Geslain.

« Au-delà de l’aspect rémunération des réductions d’émissions de gaz à effet de serre, travailler son empreinte carbone permet d’améliorer l’efficience globale du système et de limiter ses charges », souligne Catherine Brocas, de l’Idele.

A. Courty, avec l’AFP