Les communes de moins de 1 000 habitants ont déjà du mal à constituer des listes aux municipales, alors pourquoi leur imposer la parité ? Pour Christine de Neuville, maire de Vicq-sur-Breuilh, en Haute-Vienne, ce serait le seul argument qui tiendrait encore « mais qui se discute », ajoute-t-elle aussitôt.

Seulement l’élue, membre de la commission des communes et des territoires ruraux de l’AMF (Association des maires de France), a pu constater que la résistance se construisait sur d’autres armes. « J’ai participé à une réunion de la commission hallucinante sur le sujet. On sent que la parité, ça coince vraiment pour les maires ruraux », commente l’édile, qui termine son deuxième mandat à la tête d’une commune de 1 350 habitants.

L’argument de la liste communautaire

« J’ai entendu tout et n’importe quoi lors de cette réunion. Nous étions quatre femmes sur une trentaine d’hommes ce jour-là. La très grande majorité s’est opposée à l’idée de la parité, seuls trois ou quatre hommes m’ont confié la soutenir, mais ils ne l’ont pas dit devant les autres. Le pire a été dit lors de cette réunion, notamment : « Si on instaure la parité, ça fera communautaire. » C’est incroyable d’entendre cela à notre époque. Pour qui nous prend-on ? Les femmes représentant plus de 50 % de la population et nous ne sommes que 16 % de femmes maires. »

« Quant à dire : “Les femmes, il n’y en a pas”, ça n’est pas vrai. En revanche, nombreuses ont intériorisé le fait que les hommes dont leur mari étaient meilleurs à ces fonctions. Elles n’osent pas y aller, il faut les inciter. Et c’est que je fais. » Lors du congrès des maires, Christine de Neuville a lancé cet appel, à l’occasion d’une des rares tables-rondes en présence notamment de femmes : « Et je profite du micro pour dire : “Messieurs, aidez-nous aussi”, parce que sans vous on n’y arrivera pas. »

Sans parité, pas d’égalité

Alors que les lois sur la parité se multiplient depuis plus de 15 ans, les communes de moins de 1 000 habitants sont parmi les dernières institutions à échapper à la règle. Elles ne sont pas contraintes en effet de présenter des listes de candidats paritaires aux élections municipales.

Mais l’AMF, à l’instar de Christine de Neuville, veut changer la donne. Ces petites communes qui représentent 74 % des communes françaises enregistrent en effet 34,5 % de femmes au sein de leurs conseils municipaux, contre 39,9 % dans l’ensemble. Insuffisant, selon le Haut-conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh), qui conclut dans un récent avis qu’« en l’absence de contrainte paritaire, l’égalité n’advient pas ».

L’AMF a ainsi déposé, le 20 mars 2019, une proposition de loi à l’Assemblée nationale défendant l’application des règles paritaires strictes dans les communes de moins de 1 000 habitants, avec des listes paritaires par alternance (homme/femme), sans panachage possible. Le texte plaide également en faveur de l’application de la parité aux fonctions de maire et de premier adjoint pour les communes et aux fonctions de président et de premier vice-président pour les intercommunalités. Les deux fonctions ne pourraient pas ailleurs être exercées par deux élus du même sexe.

Mais en attendant que le texte soit discuté, les règles demeurent inchangées pour les élections de 2020.

Rosanne Aries