Avant de devenir agriculteur, le réalisateur du film, John Chester, était cameraman pour des films animaliers. C’est donc tout naturellement qu’il a documenté son installation avec Molly, sa compagne, sur une ferme en Californie. Dix ans d’aventures, de découvertes et de défis, qui se trouvent condensés en une heure trente dans « Tout est possible ».

Dans la version française, c’est Cyril Dion, le réalisateur et écrivain connu pour son film « Demain », qui double la voix française. « Le film propose des pistes pour résoudre des problèmes qu’on rencontre aujourd’hui. Et j’ai envie d’essayer de porter des choses qui proposent des voies possibles, des réponses », explique Cyril Dion.

Loin des images d’Épinal

Au début du film, on entend Molly décrire la ferme dont elle rêve avant de se lancer, celle qu’elle a vue dans ses livres pour enfants, avec des cochons souriants et des fruits scintillants. Loin de cette vision idyllique, John et Molly perdront leurs quatre premières récoltes, seront forcés d’abattre des coyotes et trouveront des dizaines de poules mortes dans leur enclos.

Pour le romantisme donc, allez voir ailleurs. « Le film ne passe pas sous silence les difficultés, reconnaît Cyril Dion. Quand des urbains se lancent dans l’agriculture, ils ne mesurent pas la difficulté de cette vie-là, et c’est ce qui fait que ça rate souvent. »

Mais John et Molly ne se laisseront pas décourager par les premières déceptions. À l’occasion d’un orage violent, qui détruira les sols de toutes les fermes aux alentours, leur travail sur les couverts montrera son efficacité : aucun glissement de terrain et des réserves souterraines en eau reconstituées.

De l’importance de l’élevage

John et Molly élèvent des moutons, des canards, des poules, mais aussi une truie et quelques bovins. Car sur leur ferme, chaque animal a une fonction au-delà de la production d’œufs ou de viande. Gestion des ravageurs, entretien des couverts, fertilisation organique des sols : chez John et Molly, écologie rime avec élevage.

Quand des urbains se lancent dans l’agriculture, ils ne mesurent pas la difficulté de cette vie-là, et c’est ce qui fait que ça rate souvent.Cyril Dion, écrivain et réalisateur militant

Cyril Dion, lui, est végétarien depuis de nombreuses années. Et il n’hésite pas, lors de ses interventions médiatiques, à prôner une alimentation pauvre en viande, au nom de la préservation de l’environnement. Mais il ne le cache pas : l’élevage demeure « incontournable » pour ceux qui voudraient concilier régénération des sols et agriculture décarbonée.

Le film fait la part belle à des alternatives comme la permaculture ou la biodynamie, qui convainquent peu au sein de la profession. La réussite principale du film se trouve sans doute là, dans le tri qu’il opère entre le bon grain écologique et l’ivraie utopiste. « Ce sont des démarches qui cherchent et qui ouvrent des voies pour d’autres. Ceux qui viendront après John et Molly mettront peut-être moins de temps à créer leurs fermes », espère Cyril Dion.

Ivan Logvenoff