Rares sont les présidents de la République pouvant se targuer d’avoir retrouvé un cochon mort pendu à la pale de leur hélicoptère. C’est ce qui est arrivé à Valéry Giscard d’Estaing le 3 août 1978, quatre ans après son arrivée à l’Élysée. Alors en visite dans le Finistère, des agriculteurs bretons manifestaient leur mécontentement à l’égard de prix jugés trop bas.

Une audace qui les poussa à écrire leur colère sur le nez de l’appareil présidentiel : « Le porc à 7,80 francs. Giscard y’en a marre. » Une image symptomatique de la relation oscillante qu’a pu entretenir « VGE » avec le monde agricole, loin de celle qu’a pu connaître Jacques Chirac, décédé le 26 septembre 2019.

L’agriculture, ce « pétrole vert »

Cela n’empêchait pas le candidat de centre-droit de croire au potentiel économique fort de l’agriculture française qu’il n’avait pas hésité de qualifier de « pétrole vert ». En course pour un second mandat le 22 avril 1981, il présentait à Angers sa vision de l’agriculture. Un discours donné quelques jours avant le premier tour de l’élection présidentielle où il échoua à briguer un deuxième mandat face au candidat socialiste François Mitterrand.

L’agriculture est une chance pour la France d’aujourd’hui, et une chance plus grande encore pour la France de demain.Valéry Giscard d’Estaing, le 22 avril 1981 à Angers

Près de 40 ans après, la déclaration du président de la République face aux agriculteurs angevins est presque encore d’actualité tant les problématiques abordées semblent résonner aujourd’hui. Alors que l’ONU estime que la planète comptera 9,5 milliards d’habitants en 2050, Valéry Giscard d’Estaing rappelait le rôle de l’agriculture française pour nourrir une population mondiale qui va s’accroître « de plusieurs milliards d’habitants ».

« L’agriculture est une chance pour la France d’aujourd’hui et une chance plus grande encore pour la France de demain », estimait le chef de l’État, en rappelant que la France produit « abondamment » et en « excellente qualité » de la nourriture dans un « monde qui en manque tragiquement ».

« Président des agricultrices »

Sa déclaration sur les prix de vente des produits agricoles et le poids des charges rappelle certaines revendications des syndicats agricoles aujourd’hui. Le candidat de l’Union pour la démocratie française (UDF) souhaitait « le parallélisme de l’évolution des prix de vente et de l’évolution des charges, pour que les charges ne reprennent pas, comme à la fin de 1979 et en 1980, de l’avance sur les prix ».

Le niveau de retraite des exploitants agricoles alimentait lui aussi les débats en 1981. Mais le président de la République aura eu le mérite de créer une retraite pour les « femmes d’exploitants », sans droit individuel à la retraite jusque-là. Une avancée qui lui permet aujourd’hui d’être qualifié de « Président des agricultrices » par la FNSEA dans un communiqué du 4 décembre 2020.

Le syndicat majoritaire a tenu à saluer celui qui a été « le premier à assurer aux femmes une véritable égalité sociale et professionnelle par la création, en 1980, du statut pionnier de “coexploitant” ». Une avancée sociale qui ne lui avait en revanche pas permis de gagner le vote de ces femmes. N’ayant pas suffisamment confiance en lui, les conjointes d’exploitants avaient préféré voter pour François Mitterrand, selon le sociologue François Purseigle.

L’État apportera son appui aux agriculteurs, mais il ne décidera pas à leur place.Valéry Giscard d’Estaing, le 22 avril 1981 à Angers

Tout le long de son mandant, Valéry Giscard d’Estaing aura défendu une vision libérale de l’agriculture. « Vous le voyez, pour faire progresser l’agriculture française, il n’est pas besoin de menacer la propriété par des offices fonciers cantonaux, il n’est pas besoin de limiter la production par des quantums, il n’est pas besoin d’encadrer les agriculteurs par la bureaucratie onéreuse et tatillonne d’offices spécialisés par produits. »

« Il faut au contraire libérer le potentiel des exploitations familiales et faire confiance à l’initiative et à la responsabilité personnelle, scandait-il aux agriculteurs présents ce 22 avril à Angers. L’État apportera son appui aux agriculteurs, mais il ne décidera pas à leur place. » Une promesse qu’il n’aura pas pu mettre en œuvre, fauché dans la conquête d’un second mandat par François Mitterrand, le 10 mai 1981.

Alexis Marcotte