« C’est la quatrième fois qu’ils me font le coup » explique Jérôme Batard, éleveur à Pont-Saint-Martin (44). Plus de 450 caravanes ont envahi son champ dimanche 2 juin à 14 heures. Cette parcelle est située à proximité d’un compteur électrique et d’une sortie d’eau. L’endroit est donc connu par la communauté des gens du voyage.

Raccordement électrique de la communauté des gens du voyage. © Adeline Matard

« Quand ils partiront, il faudra tout retourner »

Jérôme Batard estime que les 12 ha d’herbe prêts à être fauchés et ensilés de sa parcelle sont complètement perdus. Après le départ des caravanes, même si l’agriculteur ramasse les déchets, il doit retourner la parcelle en raison des clous issus des palettes brûlées. La dernière fois, Jérôme et Olivier Batard ont perdu deux vaches à cause de la présence de ces clous dans le foin. Et pour l’instant, les pertes et la remise en état du champ restent à la charge de l’agriculteur.

Mobiliser son entourage

Fort de sa triste expérience, l’agriculteur donne un conseil aux agriculteurs. « En cas d’invasion de caravane, il faut mobiliser les copains pour établir un rapport de force. » Le but n’est pas d’en venir à la violence mais de faire face et de montrer qu’on n’accepte pas n’importe quoi. L’objectif est aussi d’alerter les politiques et de les obliger à se positionner.

C’est ce qu’ont fait Jérôme et ses voisins lundi en se dirigeant vers la parcelle en question avec des épandeurs à fumiers. Le capitaine de gendarmerie les a dissuadés d’intervenir en leur affirmant qu’il n’était pas en mesure de les défendre si les choses tournaient à la violence.

Mais Jérôme a réussi ce qu’il voulait : alerter les élus. « Même les autorités sont désemparées, mais quand on établit un rapport de force, ça bouge un peu. » La responsable de cette problématique pour la communauté urbaine de Nantes s’est déplacée dans la ferme des éleveurs et a accepté de prendre en charge l’indemnisation des dégâts.

Mobilisation des agriculteurs face à l’occupation de la parcelle de Jérôme et d’Olivier Batard. © Adeline Matard

« Le choc psychologique est énorme »

Mais c’est surtout pour des raisons humaines que Jérôme Batard conseille de s’entourer. « Psychologiquement, c’est très dur. On en prend un certain coup quand on les voit rentrer dans le terrain et que l’on est impuissant. » L’agriculteur s’est fait tabasser il y a deux ans alors qu’ils les empêchaient de rentrer.

« Il y a plein de terrains libres »

Selon l’éleveur, il devrait y avoir des terrains d’accueil dans la périphérie de Nantes. Il estime qu’il y a plusieurs terrains libres facilement aménageables pour accueillir les gens du voyage. Mais, les différents élus de la communauté de commune n’arrivent pas à se mettre d’accord sur le sujet.

R.H.