« Avec la sécheresse, il est déjà difficile de déterminer si les traces qu’on aperçoit sont bien celles des arbres », constate Romain Mandier, associé du cabinet de géomètres VR3D. C’est lui qui a proposé au ministre de l’Agriculture, lors de son passage dès le lendemain de la tempête, de réaliser l’expertise des dégâts avec une escadrille de drones pour obtenir des données le plus rapidement possible.

La DDT de l’Isère ne peut indemniser les producteurs sans preuves tangibles du nombre d’arbres endommagés. Or, pour accéder aux parcelles, de nombreux arbres ont été évacués. L’été, particulièrement sec, a fait le reste, et les dernières traces des arbres disparaissent peu à peu. L’Administration a donc exigé les résultats de l’expertise avant le 2 août, et Romain Mandier a dû mobiliser 22 pilotes pour une journée. Leur mission : collecter des images des 6 000 hectares touchés par la tempête.

456 parcelles expertisées en un jour

Pour parvenir à réunir les moyens humains et techniques nécessaires, Romain Mandier a sollicité l’aide de Groupama, qui a mis à disposition son réseau d’experts. À la demande de l’assureur, les vingt-deux pilotes et leurs drones se sont donc réunis sur le parking de la station d’expérimentation nucicole de Chatte le 22 juillet au matin, en attendant les ordres de Romain.

Les géomètres de VR3D ont utilisé les données Pac et les déclarations de sinistres pour identifier les 42 communes et les 456 parcelles touchées. Pas de risque de collision dans les airs : chaque pilote a un secteur bien défini. Et chacun, grâce aux données reçues, a défini avant la journée des plans de vol précis. « C’est une opération en survol automatique, l’opérateur ne prend le contrôle que s’il le juge nécessaire », précise Jean-Baptiste Truchot, l’un des pilotes, expert foncier venu du Cher.

Apaiser l’expertise

Les images seront traitées par Romain et ses associés, grâce au logiciel exo.expert, lui aussi mis à disposition par Groupama. Car l’assureur suit de très près les évolutions de la télédétection et les utilisations des drones. « Le drone apaise l’expertise », juge Claude Perrot, responsable du domaine assurance récolte de Groupama Rhône-Alpes-Auvergne.

Plus question de discuter pour un ou deux ares, ou de contester le nombre d’arbres : les drones apportent des données si précises, qu’elles empêchent tout débat. L’assureur va même plus loin. « Avec les drones, dans un futur proche, il sera possible de déterminer le nombre d’épis avant la moisson, ou d’expertiser rapidement des dégâts de grande ampleur, comme des inondations », assure Claude Perrot.

Des escadrilles de drones voleront-elles bientôt dans tous les champs ? Le ministère ne semble pas l’exclure, en prévoyant déjà de répliquer la prouesse du 22 juillet. « Le ministre nous a assuré que si les résultats étaient là, cette expertise sera étendue dans le département, voire dans tout le pays », se réjouit Romain Mandier.

Ivan Logvenoff