À Rouvignies (Nord), une prairie de huit hectares que Guillaume Boucher, éleveur laitier, partage avec sa voisine propriétaire d’un centre équestre est totalement ravagée par les rodéos sauvages qui s’y succèdent. « Il y a des endroits où il n’y a même plus d’herbe, c’est de la terre battue », se désole l’éleveur.

Depuis mars 2020, ils sont une dizaine, voire une petite trentaine durant l’été à se retrouver presque tous les week-ends pour fouler les prairies qui ne leur appartiennent pas, en quads et motos. Et le rodéo a pris une nouvelle tournure le dimanche 2 mai 2021 avec l’arrivée de voitures. « Ils en ont même retourné une, qu’ils ont brûlée et laissée là », raconte Guillaume Boucher.

« Ils sont chez eux »

« Au début, j’y suis allée pour discuter, leur demander de s’en aller, mais ils n’écoutent rien. J’ai déposé plainte en mars 2020. Certaines personnes ont pu être interpellées, dont une que j’avais réussi à identifier, mais elle n’a même pas eu de rappel à l’ordre. Alors ils continuent. Ils sont chez eux, ils font la loi », explique Guillaume.

« On est démuni, impuissant. La police, elle-même, est impuissante. Tous les dimanches, je l’appelle. Ils y vont, les véhicules leur tournent autour, ils se font narguer. Parfois, ils ne prennent même plus la peine de venir. »

« Maintenant, ils reconnaissent mon 4x4. Quand ils me voient, ils me poursuivent pour me taper dans la voiture. Parfois, je n’ose même plus y aller, témoigne-t-il. Ils se font passer le mot sur les réseaux sociaux où ils publient les vidéos de leurs “prouesses”. »

« Un fléau national »

Guillaume a pourtant investi du temps et de l’argent pour entretenir cette prairie, sans pouvoir exploiter le fruit de son travail. « Je dois aussi acheter du foin pour compenser ces pertes. J’ai facilement déjà perdu 8 000 euros. C’est la même chose pour ma voisine », s’exaspère-t-il.

Une partie de la prairie de Guillaume Boucher et de sa voisine est totalement dépourvue d’herbe, faisant suite aux passages répétés des véhicules motorisés. © Guillaume Boucher

Le phénomène s’est largement amplifié avec les confinements successifs. Les rodéos sauvages sont devenus légion. « Ça va faire 17 ans que je suis installé et je n’avais jamais vu ça. Pour atteindre leur lieu de rendez-vous, ils coupent à travers champs et y laissent des traces de leurs passages », déplore-t-il. Et le cas de Guillaume est loin d’être isolé. « J’ai d’autres amis dans le coin qui ont des problèmes similaires. »

Michel Raout, maire de Rouvignies, va plus loin et parle de « fléau national ». « Ça commence à devenir critique. Les motos sont très souvent sans plaque d’immatriculation, nos efforts pour les déloger restent vains… C’est très compliqué », résume-t-il.

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Un dernier espoir

« J’avais déjà fait un courrier à Monsieur le procureur et Monsieur le commissaire divisionnaire de police, rajoute Michel Raout. Avec les agriculteurs concernés, nous avons également décidé d’en parler dans la presse régionale, pour essayer de faire du bruit. »

Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France, et Marie-Sophie Lesne, vice-présidente en charge de l’agriculture, de l’agroalimentaire et la bioéconomie, ont constaté les dégâts. « Ils nous soutiennent et vont essayer de faire avancer les choses », détaille le maire.

« On aimerait au moins que la police puisse en appréhender certains et les sanctionner, pour montrer l’exemple », conclut l’éleveur.

Raphaëlle Borget