Quelle mouche a piqué le gouvernement français pour qu’il décide de recueillir l’avis du grand public sur la politique agricole commune (Pac) ? Aucun autre pays européen ne s’y est risqué. Par peur, peut-être, d’essuyer ensuite la colère des citoyens déçus... « On ne s’engage pas à reprendre toutes les propositions, mais à répondre à toutes », tempère un conseiller du ministre de l’Agriculture, évoquant « un souci de transparence, pour recréer du lien avec les citoyens ». Et de confier, optimiste : « Je pense qu’il y aura des propositions avec lesquelles on sera en phase, notamment parce que les citoyens veulent un revenu décent pour les agriculteurs. »

Le débat du 6 octobre 2020 à Poligny (Jura) semble lui donner raison  : ce soir-là, la salle des fêtes est remplie jusqu’à la jauge. Pour ce quatrième rendez-vous en région du débat public ImPACtons (1), quelque cent personnes ont bloqué leur soirée, dont près d’un quart d’agriculteurs, avec ou sans étiquette syndicale.

Les ONG et l’agriculteur

Après l’exposé introductif de la Draaf sur la Pac, place au débat. Les petits groupes, formés plus ou moins aléatoirement, ont une heure pour réfléchir aux opportunités et aux contraintes de la transition agroécologique et proposer « trois nouvelles mesures concrètes à mettre en place ».

Au fond de la salle, Claude, 55 ans, polyculteur-éleveur conventionnel, est venu par curiosité, pour tenter de « comprendre ce qui l’attend dans la future Pac ». Il s’est retrouvé par hasard assis entre deux membres de France Nature Environnement et deux forestiers. L’agriculteur aurait bien gardé le silence, mais ses voisins le font parler. Les écologistes formulent deux propositions : «  établir des prix planchers pour les produits agricoles  » et «  Redonner de la visibilité aux agriculteurs du territoire  ». Ils ont presque oublié le thème du débat, la transition agroécologique...

42 propositions

Le débat est plus dur à la table des élus de la FNSEA, de la Coordination rurale et de la Confédération paysanne. Une seule idée fait consensus : « Encourager l’autonomie alimentaire sur les fermes en favorisant l’herbe et la production de protéines végétales ». Sur la façon d’y arriver, « on n’a pas pu se mettre d’accord », s’excuse la rapportrice.

Au total, 42 propositions émergent de la salle : reconquérir la souveraineté alimentaire avec des aides couplées pour les productions déficitaires ; favoriser les projets et les investissements collectifs ; lier la conditionnalité des aides à une obligation de résultats ; soutenirs les systèmes herbagers et en polyculture-élevage avec des aides et du conseil technique ; sortir du clivage bio/conventionnel en créant un label intermédiaire ; éduquer les consommateurs... Revient souvent, aussi, l’idée de redistribuer les aides pour « favoriser l’emploi », en prenant en compte le nombre d’actifs.

Avant de se séparer, quelques participants prennent encore la parole. «  C’est une bonne chose de pouvoir parler de notre métier qui n’est pas toujours bien compris : merci d’organiser ce débat  », conclut un agriculteur.

Bérengère Lafeuille

(1) Des débats sont organisés jusqu’à la fin octobre dans différentes régions : dates et inscriptions sur https://impactons.debatpublic.fr. Il est également possible de déposer une contribution sur le site.

Le 6 octobre à Poligny, les citoyens ont débattu par petits groupes sur le thème de la transition agroécologique. © B. Lafeuille