Que trop rarement évoqué, l’avenir de l’enseignement agricole a marqué le débat au Sénat de ce mercredi 30 octobre. Comment réveiller des vocations vers une filière trop souvent dénigrée ?

Enseigner et produire autrement

L’enseignement agricole doit aujourd’hui répondre « aux enjeux climatiques, sociaux, environnementaux et économiques », souligne Pierre Ouzoulias (CRCE) à l’initiative du débat. Pour cela, il faudra repenser le système et créer de nouvelles formations. Pour le ministre de l’Agriculture, il s’agit de « rénover » les formations vers l’agroécologie et le bien-être animal et « être à l’écoute des jeunes sensibles à l’écologie ».

Tous les sénateurs se sont entendus sur l’importance d’être un bon gestionnaire, une qualité essentielle pour que les jeunes deviennent de « véritables chefs d’exploitation, véritables chefs d’entreprise, compétents en gestion et en technologie », a souligné le sénateur Jean-Marc Boyer (LR).

Réduction des moyens

Plusieurs difficultés ont été pointées du doigt par les différents sénateurs, notamment la réforme du bac ou encore de l’apprentissage que le ministre qualifie de succès malgré les craintes, avançant un nombre croissant de 4 % d’apprentis cette année.

Devant la baisse de moyens, rappelant ses visites dans différents établissements scolaires agricoles à la rentrée de 2019, le ministre a déclaré que « si nous avons plus d’apprenants, nous aurons plus d’enseignants ».

Reconquérir des effectifs

Souvent perçue comme une « voie de garage » choisie par défaut, l’agriculture manque de popularité auprès des jeunes qui lui préfèrent la voie générale. De plus, comment réveiller des vocations à l’heure où se mêlent agribashing, aléas climatiques, prix non rémunérateurs, surtransposition des normes et suicides, questionne le sénateur Henri Cabanel (RDSE).

Pourtant, les chiffres montrent que la filière attire de plus en plus en hors-cadre familial. Didier Guillaume a d’ailleurs rappelé la communication lancée par le ministère de l’Agriculture intitulée « L’aventure du Vivant » et qui vise à promouvoir la diversité de formations proposées dans l’agriculture. À ce jour, le ministre a annoncé avoir récolté 18 600 visites sur le site et 10 millions de vues sur le Snapchat qui lui est consacré.

Enfin, la formation agricole répond aussi à l’enjeu de l’installation en agriculture, une bataille qui, selon le ministre, peut être gagnée, rappelant les derniers chiffres « d’ici à 10 ans, 150 000 agriculteurs partiront à la retraite. L’an dernier, 12 000 jeunes se sont installés malgré les difficultés, malgré l’agribashing, malgré les revenus faibles, malgré toutes les crises. Nous sommes quasi dans le renouvellement des générations ».

Alessandra Gambarini