Grâce à un soutien politique fort, notamment dans le secteur de la viande bovine, le cheptel mexicain a profité d’un bel essor en dix ans. Des filières « intégrées » et des groupes industriels de taille mondiale ont vu le jour. « Le programme de développement Progan a permis de distribuer plus de 1,2 milliard d’euros sous forme de primes à la vache allaitante entre 2008 et 2018 », appuie Arnault Villaret, expert à l’Institut de l’élevage (Idele) lors d’un webinaire le 24 juin 2020.

En progression constante depuis une dizaine d’années, le Mexique se positionne comme leader de l’exportation de broutards. En 2019, il est le dixième pays exportateur de viande bovine à l’échelle mondiale. Mais depuis, les perspectives s’assombrissent. Les réorientations du budget fédéral agricole et l’arrivée du Covid-19 font de l’ombre aux filières à l’exportation.

Le broutard, production phare du Mexique

Rassemblant près de 34,8 millions de têtes en 2018, le cheptel mexicain est constitué à 93 % de bovins de type à viande ou mixte. « Depuis 2010, on assiste à une croissance régulière du nombre de têtes (+8 %). Quant aux abattages de bovins, évalués à 2 millions de tonnes-équivalent carcasse (tec) en 2019, ils ont progressé de 16 % par rapport à 2010 », indique Arnault Villaret.

Le produit phare mexicain est le broutard de 6 à 7 mois de 200 kg vif. « Après les épisodes de sécheresse des années 2010-2012, les exportations de bovins vivants sont reparties à la hausse avec une croissance de 26 % entre 2013 et 2019, rapporte le spécialiste. Elles sont destinées en quasi-totalité au marché américain », explique l’expert.

Les États-Unis comme premier client et fournisseur

Les exportations mexicaines de viande bovine connaissent également une belle envolée. Et, là encore, elles profitent surtout aux États-Unis. Sur 300 000 tec exportées en 2019, 255 000 tec ont pris le chemin des États-Unis (85 %), le reste étant surtout destiné à l’Asie. Le prix moyen s’établit à 4,2 €/kg carcasse.

Mais si le géant américain se positionne comme premier client du Mexique, c’est aussi son premier fournisseur en viande bovine. En effet, 89 % des importations proviennent des États-Unis, en volume en 2019. « Le Mexique vend des pièces nobles telles que l’aloyau et le globe et achète en retour des pièces de faible valeur, souligne l’expert de l’Idele. Cela s’explique par un moindre pouvoir d’achat au Mexique, mais aussi par des modes de consommation différents : la population locale, surtout dans le Sud, privilégie les morceaux à bouillir ou à braiser. »

Les filières à l’exportation en mauvaise posture

Si le commerce de la viande bovine et du vif semblait jusqu’ici bien se porter, l’année 2020 prend une autre tournure. « Déjà en 2019, l’élection du nouveau président, Lopez Obrador, a mis en difficulté les gros opérateurs. Le budget fédéral agricole a été réorienté en faveur des petits producteurs et du développement rural et, en janvier 2020, les soutiens économiques aux filières à l’exportation ont été stoppées, renseigne Arnault Villaret. Le coronavirus et les mesures de confinement ont contribué d’autant plus au ralentissement de la croissance des flux à l’exportation. »

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Lucie Pouchard
Votre analyse du marché - Bovins maigres

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