André Strich a vu les années passer sur son terrain de 37 hectares de forêts situé à Pfastatt, en Alsace. Entre tempêtes, sécheresse et maladies, ce passionné de 70 ans a connu bien des dégâts. Mais ce mercredi 21 avril 2021, c’est avec désolation qu’il voit ses douze noyers tronçonnés sur sa parcelle. « Ils ont tout massacré, ça relève de la folie. » Il raconte à La France Agricole.

André Strich, forestier à Pfastatt, en Alsace, a vu ses plus beaux noyers tronçonnés sur sa parcelle sans raison apparente. © Google Maps

Sécheresse, tempêtes, maladies : une passion mise à mal

Cet enfant d’Alsace, qui a racheté les terres forestières de sa famille en décembre 1999 n’a pas eu la chance qu’il espérait. À peine deux semaines après le rachat, le 26 décembre, toutes ses plantations ont été ravagées par la violence de la tempête Lothar. Au total, « mes 4 000 sapins de Douglas, mes 2 000 épicéas et des centaines de sciure de chauff sont tombés sous les 210 km/h des vents, relate-t-il. Tous des arbres dominants. »

En 2015, « il y a eu la maladie de la chalarose (Chalara fraxinea), un champignon qui mange les racines des arbres qui tombent ensuite tout seuls. J’ai ramassé 2 000 m³ de bois pourri. Ils sont tombés comme des mouches », ajoute-t-il. Et à cela se sont ajoutées trois périodes de grande sécheresse : « Des arbres vieux de 20 ans sont en train de mourir car mon sol n’est pas filtrant. »

« Les arbres que j’ai ont tous été saccagés »

« Mon rêve était de planter des noyers et j’en ai planté une quinzaine il y a 20 ans. Douze d’entre eux ont réussi totalement. Ma première récolte était l’année dernière. J’ai eu 80 à 100 kg de noix que j’ai partagés avec mes amis. Trouver une noix, c’est comme trouver un bonbon ! Mes arbres étaient jeunes et beaux, ils ont été maîtrisés, taillés. C’était vraiment magnifique dans ce décor de champs, de forêts ; c’était quelque chose de réussi ! », raconte-t-il fier et passionné.

Car André Strich le redit : « Je suis davantage forestier qu’arboriculteur. C’est une passion et le travail que nous faisons n’est pas pour nous, c’est un héritage pour nos enfants et nos petits-enfants. »

C’est donc avec sidération, que le mercredi 21 avril 2021, son ami chasseur posté à un mirador l’appelle pour lui annoncer le massacre perpétré sur son terrain. « Les arbres sur mon petit pré que j’ai ont tous été saccagés. Ce sont mes douze noyers. C’est toute une rangée », explique-t-il.

« J’avais les larmes aux yeux pendant deux jours »

« Les noyers ont été coupés à un mètre du sol avec une scie circulaire, une tronçonneuse. J’avais les larmes aux yeux pendant deux jours, j’étais anéanti, je ne pouvais pas travailler », confie-t-il.

Après tous les aléas que ses arbres et lui ont vécus, « là, c’est la désolation. C’est ravagé. » Il ajoute : « Ils ont massacré pour massacrer. Rien de plus. Ça relève de la folie, de la psychiatrie même. » Car il en est bel bien certain, « c’est criminel. J’ai déposé plainte auprès de la gendarmerie. On dirait un film policier où le coupable est celui qu’on soupçonne le moins. Mais je ne soupçonne personne pour autant. Il n’y a rien à faire, c’est comme ça. »

Fort heureusement, « le téléphone sonne tous les jours. J’ai un soutien moral de partout ! », explique-t-il avec un regain d’énergie. Quant à la suite, « il faut couper entièrement tous les noyers et voir s’ils redémarrent. Il faut espérer que dans 10 ans, on puisse avoir une nouvelle récolte. D’ici là, il faut repartir de zéro. »

Oriane Dieulot