Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

La filière du cannabis bute sur de nombreux obstacles

réservé aux abonnés

Usage thérapeutique - La filière du cannabis bute sur de nombreux obstacles
Jouanny Chatoux, agriculteur dans la Creuse, milite pour la création d’une filière française du cannabis thérapeutique. © Capture d’écran Assemblée nationale

À l’occasion d’une mission parlementaire, l’agriculteur creusois Jouanny Chatoux liste les obstacles législatifs, économiques et sécuritaires qui se dressent encore devant la filière du cannabis thérapeutique.

Jouanny Chatoux, agriculteur dans la Creuse, a répondu aux questions des députés, le 19 février 2020, réunis à l’Assemblée nationale à Paris dans le cadre d’une mission d’information sur la réglementation du cannabis. Son témoignage a permis de se faire une idée des obstacles qui freinent l’émergence d’une filière du cannabis thérapeutique en France : la législation, l’économie et la sécurité.

À lire aussi : Les parlementaires vont étudier les différents usages du cannabis (11/07/2019)

« Autorisez-nous à exploiter les fleurs »

La première famille d’obstacles relève de la réglementation. « Autorisez-nous à exploiter les fleurs du cannabis », revendique Jouanny Chatoux. « C’est là que se nichent les propriétés médicamenteuses et on nous l’interdit. C’est comme si on nous autorisait à élever un cochon mais qu’on nous interdisait de commercialiser le jambon », ajoute-t-il.

Il demande aussi une révision du catalogue des semences pour y inscrire des variétés destinées à un usage médicamenteux. Pour l’instant, le chanvre disponible au catalogue est destiné à l’industrie. « On ne peut pas faire de cannabis thérapeutique avec le catalogue français actuel. Soit on ira chercher des génétiques étrangères, soit la législation libère la recherche à l’Inra ou chez les privés français », juge Jouanny Chatoux.

Sylvie Charrière, députée de la Seine-Saint-Denis, prolonge en parlant du contrôle de la filière : faut-il envisager des accréditations des producteurs pour s’assurer la maîtrise de la production et des circuits ? Éric Cierra, président de l’agglomération de Guéret (Creuse), cite le modèle de la Seita qui donnait des autorisations de production de tabac : « Il faudra de la régulation, c’est certain. »

À lire aussi : Cannabis thérapeutique : des opportunités inexploitées (19/02/2019)

Une filière encore à construire

Ensuite, l’émergence d’une filière française du cannabis thérapeutique bute sur un mur d’incertitudes économiques. Depuis deux ans, un laboratoire pharmaceutique de Guéret a reçu des autorisations pour fabriquer les médicaments. « Mais on aimerait qu’il puisse se fournir localement. On attend le feu vert. Nous sommes prêts », argue Jouanny Chatoux. Le groupe coopératif national InVivo s’est aussi déclaré candidat à la culture du cannabis sous serre.

À lire aussi : InVivo tenté par le cannabis (25/09/2019)

Il faudra que la production soit françaiseGérard Menuel, député de l’Aube

L’Allemagne n’a pas autorisé la production, malgré une expérimentation de deux ans, et le marché a été inondé par les Canadiens, selon Éric Cierra. Dans la salle, le député de l’Aube, Gérard Menuel, martèle : « Il faudra que la production soit française ! » Mothal Brotherson, député de la Polynésie française, rapporte sa visite du site portugais du groupe Tilray qui ambitionne d’alimenter toute l’Europe avec leurs 2,5 hectares sous serre de cannabis. Éric Cierra embraye : « Cette filière produira 300 à 400 emplois rien que dans la Creuse, qui, je le rappelle, a connu d’importantes fermetures d’usine récemment. »

À lire aussi : Du cannabis thérapeutique importé en France dès 2020 (28/10/2019)

Une expérimentation en Creuse

Dans la Creuse, un ancien site militaire sécurisé pourrait être converti en laboratoire de pré-industrialisation en plein champ, sous serre et dans un bunker sécurisé. Cette expérience permettra de comparer les modes de production. Il existe déjà des protocoles de culture en plein champ des plantes médicamenteuses. C’est ce modèle que Jouanny Chatoux envisage de reproduire pour le cannabis : « Nous sommes prêts à sortir les premières fleurs dans dix mois. Nous voulons servir de laboratoire pour une filière française qui diffère du modèle canadien qui impose une culture en intérieur alors que celle-ci consomme énormément d’énergie. »

La filière éventuelle devra aussi organiser la destinée des coproduits du cannabis thérapeutique. Seulement 5 à 10 % des fleurs sont utilisées pour les médicaments. Le reste sert à créer des huiles essentielles.

Sécuriser la filière

Enfin, la question de la sécurité se pose de deux manières. Jean-Baptiste Moreau, député de la Creuse, soulève la question des vols de plantes en plein champ. Éric Correia lui répond : « Vous voyez des champs de pavots médicamenteux en Charente. Avez-vous vu pour autant des vols dans les champs ? Non. Il faut arrêter avec ces fantasmes des faucheurs qui vont envahir les champs. »

L’autre risque sécuritaire tient dans la cohabitation du chanvre thérapeutique et du chanvre industriel. Gérard Menuel qui a vu la relance de la filière du chanvre industriel dans l’Aube, soulève le risque de pollution entre les deux types de chanvres. « Le cannabis thérapeutique en plein champ ne sera fait qu’avec des pieds femelles, puisqu’on recherche les fleurs non pollinisées. Le thérapeutique ne pourra pas polluer l’industriel. C’est même plutôt l’inverse qui risquerait se produire », lui rétorque Jouanny Chatoux.

Éric Young

InVivo est impatient

InVivo compte mener un consortium des acteurs français du cannabis thérapeutique.

À l’heure actuelle, la loi française empêche toute production médicale. Impossible de cultiver des plants de cannabis contenant plus de 0,2 % de THC — tétrahydrocannabinol, molécule psychotrope du cannabis, à l’effet planant — et d’en récolter les fleurs.

Une interdiction dont InVivo espère s’extraire : il a déposé une demande d’autorisation à l’Agence du médicament (ANSM) au début de février 2020 pour bénéficier d’une exception à titre expérimental. Yves Christol, directeur général d’InVivo Food & Tech, est prêt à investir dix millions d’euros et compte développer une variété spécifique pour chaque pathologie ouverte à la prescription.

A terme, les cinq indications thérapeutiques autorisées par l’ANSM représentent « environ 300.000 patients » en France, selon le groupe. Pour leur assurer une production d’environ un gramme par jour, « on a besoin de sept hectares, soit un seul centre commercial », assure Yves Christol.

InVivo souhaite former pour cela un consortium qui va de la graine au patient, rassemblant divers acteurs publics et privés. Pour lui, les cultures ne seraient pas menées sous serre ou en plein champ, mais uniquement en bâtiments.

Imprimer Envoyer par mail Commenter
En direct
Afficher toutes les actualités


Transmission & Patrimoine : tous les conseils pour passer le relais !