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Les pluies incessantes chamboulent les travaux

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© Jean-Michel Nossant

La plaine est noyée. Avec une pluviométrie excédentaire en ce début de campagne, les cultures d’hiver ont, en moyenne, été semées plus tard et leur potentiel est souvent entamé. Pour les espèces de printemps, on s’oriente vers le même scénario pour le moment.

Ça baigne, au sens premier du terme. Avec une pluviométrie plus qu’excédentaire ces derniers temps (voir encadré ci-dessous), la plaine ressemble plus à une rizière qu’à autre chose. Et notamment à l’ouest du pays, la zone la plus touchée. Or, les cultures n’apprécient pas ces situations hydromorphes. On peut donc légitimement penser que leur potentiel est, par endroit, déjà entamé. « Avec des surfaces moindres et des rendements certainement moyens, nous ne sommes pas dans les meilleures conditions pour aller vers une récolte convenable », déplore déjà un opérateur des Pays de la Loire.

Des semis parfois difficiles

Compte tenu de ces conditions climatiques anormales, les semis de céréales d’hiver n’ont toujours pas été réalisés dans de bonnes conditions, parfois tardivement, avec selon les régions une plage qui s’est étalée sur plus de deux mois. D’autres implantations ont été abandonnées et les producteurs se sont reportés sur les cultures de printemps.

À cela s’ajoutent des retournements. En Picardie, ils sont à rapprocher de la quantité d’eau reçue depuis octobre : « Là où il y a eu de 700 à 800 mm de précipitations, c’est très compliqué. Des parcelles vont être détruites. » De plus, certaines orges d’hiver laissent déjà apparaître, depuis la mi-février, des symptômes de jaunisse nanisante de l’orge (JNO), qui vont, là aussi, parfois nécessiter des retournements.

« Il y a eu des vols de pucerons conséquents avec une activité continue durant l’hiver, souligne un technicien en Bourgogne. C’est pourquoi les semis les plus précoces et sans traitement insecticides sont touchés par la virose. » Le climat n’a pas toujours permis d’intervenir. D’autres régions sont touchées par la JNO, comme en Champagne, où des tests Élisa vont être réalisés pour vérifier qu’il ne s’agit pas de dégâts de cicadelles (pieds chétifs), également présentes cet automne.

À lire aussi : Les semis d’orge de printemps font naufrage (06/03/2020)

Pied de cuve important

Ces conditions sont malheureusement favorables aux maladies. S’il est encore trop tôt pour savoir quelle sera la pression exacte de l’année, il y a un pied de cuve important. Les modèles s’attendent déjà à de fortes pressions de rouille jaune, de septoriose et de piétin-verse sur blé tendre. Même schéma sur les orges en ce qui concerne la rouille naine, la rhinchosporiose et l’helminthosporiose.

Attaques conséquentes d’insectes

Certes, dans les régions les plus à l’Est, il y a eu quelques créneaux pour sortir le pulvérisateur, mais cela est resté compliqué. « Vent, pluie…, c’est la misère : on ne peut pas rentrer dans les parcelles et les interventions telles que les désherbages à l’automne n’ont toujours pas eu lieu », ajoute un opérateur de la Somme.

Ce constat s’applique aussi aux apports d’engrais. Les premiers ont, dans la majorité des cas, été réalisés. Mais avec la douceur hivernale et en fonction des dates de semis, les stades des céréales peuvent être avancés et vont bientôt nécessiter de seconds apports. Ainsi, avec des records de sommes de températures, les stades approchent parfois « épi 1 cm », voire plus.

Très hétérogènes, les colzas font triste mine. Comme le précise FranceAgriMer, les qualités de levée ont été très disparates du fait de conditions trop sèches et le manque de précipitations a conduit à de nombreux échecs de germination et à des peuplements irréguliers. « La sole est en retrait pour la troisième année consécutive, précise un opérateur dans les Pays de la Loire. Avec les pieds dans l’eau, nous ne sommes pas plus rassurés par cette culture pour aller vers des rendements convenables. »

Les attaques d’insectes à l’automne, grosses altises en tête, ont été conséquentes. Les tests Berlèse montrent, dans nombre de cas, de fortes présences de larves, dont le nombre dépasse parfois dix à quinze par pied. Cette pression semble s’étendre plus au nord. « Il y a une forte progression de cet insecte dans notre secteur et peu de créneaux pour intervenir », insiste un conseiller en Lorraine. Les pieds de colza les plus chétifs risquent de ne pas résister. D’ailleurs, on remarque déjà des colzas avec un aspect buissonnant, comme en Poitou-Charentes où on observe qu’il n’y a désormais « plus de pic de vol. » Comme pour les céréales, désherbages et apports d’engrais n’ont pas toujours été réalisés.

Tensions sur les semis de printemps

Les reports vers les cultures de printemps sont fréquents. Sont notamment concernés le maïs et les tournesols. Dans certaines régions, comme la Bourgogne ou le Centre, les surfaces devraient parfois doubler avec de fortes tensions sur l’approvisionnement de semences. « Il n’y a notamment plus de tournesols oléiques », confirme un opérateur­ du Loiret.

D’autres se sont en partie orientés vers l’orge de printemps. Mais la baisse des cours a limité quelque peu ce phénomène. Les conditions météorologiques ne favorisent pas son implantation (de même que celle des lentilles, du pois, des féveroles de printemps…) et toutes les surfaces sont loin d’avoir été semées à cette date.

Si les agriculteurs attendent des conditions plus clémentes pour terminer les interventions sur les cultures d’hiver et réaliser les semis de printemps, ils craignent également que la situation tourne au sec. « Désormais, la météo c’est tout ou rien, rapporte un spécialiste dans les Hauts-de-France. Cela serait alors catastrophique au vu des mauvais enracinements. »

Céline fricotté

Excédents de pluies et de températures

« La pluviométrie durant l’hiver météorologique a été excédentaire de plus de 10 % en moyenne sur la France », indique Météo-France (voir la carte), alors que des perturbations sont encore prévues jusqu’au 15 mars. Le cumul de précipitations efficaces de septembre à février est ainsi excédentaire de plus de 25 % sur la moitié ouest de l’Hexagone, ainsi que le long des frontières du nord et sur un petit quart sud-est.

« Il y a eu suffisamment d’eau depuis septembre pour remplir les nappes, contrairement à l’an dernier », complète Michèle Blanchard, climatologue chez Météo-France. Durant le mois de février, les pluies abondantes ont accentué l’humidification des sols, sauf sur l’est du Massif central, le pourtour méditerranéen et la Corse. Au 1er mars, l’indice d’humidité des sols superficiels était généralement proche ou supérieur à la normale sur la plus grande partie du pays.

L’hiver 2019-2020 a, par ailleurs, été le plus chaud en France depuis le début du XXe siècle. La température a, en moyenne, été plus de 2°C au-dessus de la normale en décembre et en janvier et plus de 3°C en février, avec plusieurs pics de douceur remarquables.

Le lâcher des animaux est souvent reporté

La somme des températures de 300°C (1), qui détermine le début du pâturage, est atteinte dans bon nombre de régions. « La portance reste le principal facteur limitant pour la mise à l’herbe », indiquent les conseillers du réseau herbe et fourrages du Centre-Val de Loire. Certaines parcelles regorgent d’eau. « Le démarrage des mesures de hauteur d’herbe s’impose pour calculer les jours de pâturage d’avance », estiment les experts. Le résultat servira pour déterminer la surface à faucher afin d’éviter de se faire déborder par la pousse. « Le déprimage ne pourra pas avoir lieu cette année », ajoute Hervé Feugère, de la chambre d’agriculture de la Creuse, qui précise que le dernier délai pour le lâcher se situe aux alentours de la somme de 400°C.

(1) Base 0 au 1er février.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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