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« Je teste des méthodes pour éradiquer un ray-grass résistant »

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Le couvert de radis a été le plus efficace sur la diminution des levées de ray-grass résistant. © I. Lartigot

Une des parcelles de François Peaucellier est infestée par l’adventice. En août dernier, il la transforme en plate-forme d’essai avec le soutien de l’Apad (1).

« En 1990, mon père a arrêté le labour pour passer en technique culturale simplifiée (TCS). Gratouiller le sol a amplifié le salissement chaque année », raconte François Peaucellier, dépité, revenu en 2013 sur l’exploitation familiale de Mouchy-le-Châtel, dans l’Oise, laquelle est passée en 2005 en agriculture de conservation des sols (ACS) sur la totalité des 200 hectares cultivés en blé, colza, pois, féverole, maïs, betterave sucrière, tournesol et trèfle de semences).

Une des parcelles de 18 ha est infestée de ray-grass résistant (Fop, ALS, Dime). Le coup de grâce date de 2017, quand « une betterave a été implantée en semis direct. Le pulvérisateur a été mal réglé et l’adventice a été mal contrôlée malgré l’utilisation de glyphosate », souligne Paul Robert, secrétaire de l’Apad et conseiller en agriculture de conservation. La densité moyenne avait atteint 290 épis/m2 en 2018. Le rendement en blé a subi une baisse de 20 q/ha en raison de la pression adventice.

C’est la raison pour laquelle, avec le soutien de l’Apad, dont il est le président de la section Picardie, François Peaucellier décide, au mois d’août 2018, de mettre en place une plate-forme d’essai sur cette parcelle de manière à régler ce problème d’enherbement et d’appréhender la sortie du glyphosate.

La nature décide pas la chimie

Pour tenter de venir à bout de l’adventice envahissante, l’agriculteur teste différents leviers agronomiques : des couverts d’interculture en pur (seigle, avoine brésilienne, moutarde, niger, trèfle d’Alexandrie, sarrasin, radis fourrager) derrière lesquels a été systématiquement semé un pois d’hiver, des couverts en mélange (seigle-vesce velue, féverole-vesce velue-seigle…), en simple ou double densité, etc. En outre, certains couverts ont été détruits avec un passage de rouleau Faca, ensuite avec un herbicide racinaire sélectif mais pas de glyphosate. D’autres modalités n’ont reçu aucun traitement phytosanitaire. Ou encore, un passage de glyphosate a été réalisé…

François Peaucellier a aussi testé la méthode Bonfils (un semis de blé ultra-précoce). L’exploitant envisage le scalpage et le désherbage électrique. Cependant, malgré les efforts fournis, les premiers résultats sont peu convaincants, avec en moyenne une diminution de 20 % des levées de ray-grass grâce aux couverts. Ceux-ci ont été pénalisés par le sec à l’automne dernier… Ce qui en revanche n’atteint pas le ray-grass.

« S’il faut 3 tonnes de MS de couvert pour espérer une bonne maîtrise du salissement, ici, on a plafonné à 1,5 tonne en raison du sec », précise Paul Robert. « Certes, les résultats sont déplaisants, commente François Peaucellier, mais c’est la nature qui décide et pas la chimie. Si rien ne marche pour se débarrasser de l’adventice, il faut prendre le problème autrement. Et pourquoi ne pas semer du ray-grass anglais ou italien pour faire du fourrage ? »

Toutefois, l’effet du radis a été supérieur aux autres couverts, avec une réduction des levées de ray-grass d’environ 35 % à l’automne et davantage au printemps. Il a bien poussé malgré le sec, tout comme la culture de pois d’hiver implantée à sa suite. Il y a donc une piste à suivre pour les prochaines années d’expérimentation, sachant que l’objectif à trois ans est de nettoyer la parcelle des ray-grass et, à terme, d’implanter à nouveau une céréale. Le tout, sans glyphosate.

Isabelle Larigot

(1) Association pour la promotion d’une agriculture durable.

Journées portes ouvertes

À l’occasion des 6es Journées techniques ACS (22-23 mai) dédiées à la gestion de l’enherbement, François Peaucellier fera visiter sa plate-forme d’essais de Mouchy-le-Châtel. L’idée est d’identifier en condition réelle d’exploitation « les pistes agronomiques de gestion de l’enherbement les plus crédibles et durables dans une parcelle en ACS avec forte infestation de graminées », présente l’Apad.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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