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Améliorer la qualité de l’eau grâce à une démarche collective

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« Nous sommes aussi des producteurs d’eau », soulignent Éric Objois (à gauche) et Jean Lefèvre, qui exploitent tous deux des terres sur le bassin d’alimentation de captages. Pour cela, ils sont aidés des deux coanimatrices du projet Is’eau, Camille Basire (à gauche) et Blanche Duncombe. © C. Fricotté

Une douzaine d’agriculteurs de l’Oise ont pris le parti de changer leurs pratiques pour réduire la présence de nitrates et de phytos dans l’eau potable.

Le projet Is’eau, porté par l’association Terre de Picardie, regroupe onze exploitations. Il est à l’initiative de trois agriculteurs, auparavant certifiés Iso 14001, qui ont répondu à un appel à projet lancé par l’agence de l’eau Seine-Normandie. Mis en place dès 2015, pour trois ans, ce projet a été reconnu groupement d’intérêt économique et écologique en septembre 2018, pour trois nouvelles années. Les actions menées ont pour but de réduire l’impact sur la qualité de l’eau du bassin d’alimentation de captage (Bac) d’Auger-Saint-Vincent. Le programme concerne aussi les secteurs non agricoles (collectivités, industries, particuliers…).

Les nitrates en sont le principal enjeu. Avec des concentrations qui dépassaient parfois le seuil de potabilité (50 mg/l), deux des quatre captages ont été classés prioritaires au titre de la directive-cadre sur l’eau et de la Conférence environnementale en 2013. Le métazachlor, herbicide utilisé sur colza, a également été trouvé, mais sous les seuils de potabilité (0,5 µg/l).

Des diagnostics individuels, réalisés sur les exploitations afin de mieux maîtriser les pollutions ponctuelles, ont abouti à des investissements. L’agriculteur le plus proche des captages, Laurent Desmet, a opté pour un système de traitement des effluents phytosanitaires (Phytobac). « J’attends, moi aussi, une réponse pour le financement d’une aire de remplissage et de lavage du pulvérisateur dans le cadre du PCAE (1) », précise Éric Objois, un des agriculteurs qui participe au projet et qui dispose de 60 hectares sur le Bac.

Des formations, des restitutions, des démonstrations de matériels, des tours de plaine… ont lieu régulièrement. De nombreux essais, axés surtout sur l’azote, la principale préoccupation du Bac, ont été réalisés, notamment sur les cultures associées et les couverts en interculture. Ces expérimentations ont montré l’intérêt de semer ces derniers tôt et de les détruire tardivement.

« Sur le territoire, un réseau de reliquats azotés a été mis en place, après moisson, à l’entrée et en sortie hiver, pour ajuster au mieux la dose sur les parcelles », explique Camille Basire, du Sageba (2).

Le transfert d’azote a également été étudié, grâce à la mise en place de bougies poreuses. « Il en ressort que pour gagner en efficacité, nous devrons, en priorité, orienter nos actions sur les sables. Ce type de sol représente une faible part du Bac, mais nous pensons y prioriser les filières à bas intrants (lire l’encadré) », ajoute Blanche Duncombe, co-animatrice et consultante chez Peri-G (3).

Varier les couverts

Les agriculteurs concernés s’engagent, de plus, à mettre au moins trois à quatre espèces de couvert durant au minimum trois mois, et à raisonner leur fertilisation avec des outils d’aide à la décision (OAD). « J’étais méfiant vis-à-vis des conseils donnés par les OAD, mais force est de constater que lorsqu’ils recommandent de ne pas apporter d’azote, c’est fiable », confirme Jean Lefèvre, qui exploite notamment 110 ha en travail simplifié à Fresnois-le-Luat.

Par ailleurs, le groupe tente de réduire l’emploi des produits phytosanitaires. Plusieurs outils, notamment de désherbage mécanique, ont été achetés. « J’ai investi, entre autres, dans une herse étrille avec Guy Vanlerberghe, à l’origine du projet Is’eau, précise Jean, qui est en bas volume. Quant à l’utilisation des phytos sur mes parcelles en conventionnel, j’ai, en moyenne, baissé de 60 % les doses homologuées au fil des années. » Jean est l’un des deux agriculteurs du groupe qui se sont convertis au bio.

Ces quelques exemples montrent que les exploitants du projet Is’eau sont moteurs pour améliorer les pratiques. Les prochains essais porteront sur la méthode Appi-N, de l’Inra, qui se base sur l’indice de nutrition azotée.

En plus, avec une teneur en nitrates de l’eau qui baisse (voir infographie), les résultats sont au rendez-vous. Ce n’est donc pas sans raison qu’en 2016, le préfet du bassin Seine-Normandie a retenu le projet comme « Action exemplaire ».

Céline Fricotté

(1) Plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations agricoles.

(2) Syndicat d’aménagement et de gestion des eaux du bassin Automne.

(3) Cabinet de consultants dans le domaine environnemental.

Le contexte

Le bassin d’alimentation de captages d’Auger-Saint-Vincent concerne 3 544 ha, dont 2 500 ha de surfaces agricoles et 33 % de zones boisées. 1 300 ha de terres arables ont une vulnérabilité élevée à très élevée.

Le Bac concerne sept communes : Auger-Saint-Vincent, Fresnoy-le-Luat, Ormoy-Villers, Péroy-les-Gombries, Rosières, Trumilly et Versigny. Les onze agriculteurs engagés dans le projet Is’eau représentent 72 % des surfaces.

Création de filières locales à bas intrants

Le groupe tente de se diversifier, tout en restant économiquement performant. Le choix s’est tout d’abord porté sur la luzerne, car une exploitation de 600 taurillons avec méthaniseur se trouve à proximité. D’une part, la ration des taurillons en comporte et, d’autre part, la culture est séchée grâce à la chaleur du méthaniseur.

« La luzerne n’a pas jusqu’alors été valorisée comme nous le souhaiterions », souligne toutefois Jean Lefèvre. Un nouveau séchoir (en photo) a donc été acheté, pour avoir une qualité de ballot plus homogène, donc un prix de vente plus élevé.

« Le chanvre constitue une autre piste, indique Blanche Duncombe. Nous avons trouvé une chanvrière intéressée, mais il reste à savoir comment valoriser la litière. »

Depuis l’investissement dans le nouveau séchoir Alvan Blanch, la qualité des lots de luzerne est plus homogène. © C. F.
Le récap
Les points positifs
  • Diminution du taux de nitrates.

  • Reconnaissance à l’échelle du bassin Seine-Normandie et des élus locaux.

  • La démarche redonne de l’intérêt au métier.

Les points négatifs
  • Les formations et le changement de pratiques prennent du temps et coûtent cher.

  • Les nouvelles filières sont complexes à mettre en place.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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