La mission d’information commune sur le suivi de la stratégie de sortie du glyphosate a mené le mardi 30 juin 2020 sa première audition post-confinement. Elle a reçu à cette occasion le préfet Pierre-Étienne Bisch, coordinateur interministériel du plan de sortie du glyphosate et du plan de réduction de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques.

« Nous avions indiqué dans notre rapport intermédiaire que nous souhaitions avoir à l’horizon du premier semestre de 2020 une présentation des situations reconnues d’impasses, et celles pouvant se passer de cet herbicide pour donner de la visibilité aux agriculteurs qui s’engagent sur plusieurs années dans leurs rotations culturales », a rappelé en préambule le président de la mission, Julien Dive (député des Républicains).

« Nous sommes en été, et si on doit avoir une interdiction au 1er janvier on est déjà un peu à la ramasse au niveau du timing pour les agriculteurs, a également appuyé le corapporteur Jean-Baptiste Moreau (député de la République en marche). Et ça me semble compliqué de leur expliquer qu’on décale toutes les échéances compte tenu de la crise du Covid, mais que par contre sur le glyphosate on ne bouge pas ! »

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Calendrier de prises de décision

« Au sujet des impasses, le calendrier sera celui des prises de décision de l’Anses (1), a indiqué Pierre-Etienne Bisch. C’est à l’automne que les choses vont se faire… pas forcément septembre mais plutôt d’ici à la fin de l’année. Mais ce n’est pas avec une annonce au milieu de l’hiver que l’on va pouvoir être pertinent pour les professionnels, qui d’ailleurs auront déjà pris des décisions pour un certain nombre de semis. »

C’est la raison pour laquelle, selon ce dernier, le gouvernement aurait l’intention dans les prochains jours de lever un peu le voile sur ce que pourrait être le champ des décisions possibles, et ce en accord avec l’Anses. « Nous sommes bien conscients que le champ des impasses est un point essentiel mais on ne peut pas faire beaucoup plus que ça compte tenu des contraintes légales et réglementaires de cet exercice », a-t-il spécifié.

Le corapporteur Jean-Luc Fugit (député de la République en marche) a par ailleurs demandé s’il y avait bien un an de carence avant l’interdiction définitive d’utilisation de l’herbicide (et de 6 mois pour la vente) une fois que l’annonce serait faite en fin d’année. Cela laisserait en effet encore la possibilité d’utiliser la molécule pour la campagne à venir. Pierre-Étienne Bisch a toutefois répondu que c’était le directeur général de l’Anses qui gérait ces procédures et que ce serait à lui de répondre.

Accompagnement vers l’agroécologie

Au sujet de l’accompagnement financier, le préfet a listé plusieurs types d’aides telles que les MAEC (2) mais a aussi indiqué qu’il faudrait peut-être avoir une réflexion plus large sur l’usage de l’ensemble de la maquette du plan Ecophyto. L’idée : penser à un réemploi de certaines ressources financières, même partiel, pour les orienter dans l’accompagnement vers de l’agroécologie.

« La Cours des comptes a mis en exergue des dépenses de 300-350 millions d’euros par an au titre du programme Ecophyto, s’est-il remémoré. Il faut peut-être se poser des questions compte tenu du taux d’efficacité de ce plan. »

« Je pense qu’il faut une certaine détermination pour faire avancer les affaires. Je comprends tout à fait l’impact induit du retrait du glyphosate et les difficultés que cela pose. Mais dans ma mission, je me sens investi à pousser ce dossier et je voudrais vraiment qu’il avance », a-t-il conclu.

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Céline Fricotté

(1) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

(2) Mesures agroenvironnementales et climatiques.