Enjeu agricole évidemment, mais également environnemental, climatique et géopolitique, la nécessité de préserver les sols semble faire de plus en plus consensus. Divers acteurs (agriculteurs, structures privées, ONG, monde de la recherche, de la finance…) étaient réunis pour échanger sur le sujet les 27 et 28 juin à l’occasion de Planet A, le forum international de l’agriculture.

Bien que les interventions aient beaucoup été orientées vers des projets à l’international, des pistes pour encourager la protection – voire la régénération – des sols sous nos latitudes ont été évoquées. Au cœur des enjeux : l’agriculture de conservation des sols, l’agriculture biologique, l’agroforesterie et plus largement les pratiques agroécologiques favorables à la santé des sols. « Pour développer ces pratiques, il faut davantage communiquer sur les avantages agronomiques et économiques d’un bon sol », a affirmé Claire Chenu, professeur des sciences du sol et coprésidente de l’initiative 4 pour 1 000.

Limiter les fongicides à large spectre

« Il est très important de protéger les micro-organismes du sol », a souligné pour sa part Sandrine Le Feur (LREM), agricultrice bio (maraîchage, arboriculture et élevage ovin) et députée. Pour elle, cela passe notamment par le développement de l’agroforesterie et par l’arrêt de l’utilisation de fongicides qui tuent également des champignons du sol non pathogènes. Elle a insisté sur l’importance des financements publics (régionaux, Pac…) pour financer les transitions agricoles.

« Les sols en agriculture de conservation peuvent gagner 0,1 % de matière organique par an, cela va au-delà des objectifs de 4 pour 1 000 », a assuré François Mangin, président de l’Apad (Association pour la promotion d’une agriculture durable). Pour lui, « tout l’enjeu l’agriculture de conservation des sols est de pouvoir se projeter sur le court terme autant que sur le long terme ». Il demande à « se faire épauler, et non juger ».

Engagement de la grande distribution

« Un certain nombre de discussions sont en cours chez Carrefour actuellement pour la valorisation de l’agriculture de conservation, au moins pour que ces pratiques soient considérées comme le premier étage de l’engagement du monde agricole et de la distribution », a assuré Benoît Soury, directeur du marché bio du groupe Carrefour. Il a également insisté sur la nécessité de pouvoir prouver les choses aux consommateurs.

Difficulté de la mesure

Mais la mesure de la santé des sols est un problème épineux. Face à la complexité de ce compartiment, « il n’existe pas de bio-indicateurs équivalent à ce qu’il existe pour la qualité de l’air ou de l’eau pour renseigner sur son état et sa capacité à remplir ses fonctions clés », a assuré Cécile Villenave, fondatrice du laboratoire Elisol. Mais des outils existent : « L’étude des nématodes permet par exemple de répondre à la question : est-ce que les assistants biologiques sont présents et actifs ? », a-t-elle complété.

Hélène Parisot