Selon une étude parue dans la revue Science le 17 juillet 2020, « 18 à 22 %, et peut-être plus, des exportations annuelles du Brésil vers l’Union européenne sont potentiellement entachées par la déforestation illégale ». Les douze chercheurs (brésiliens, allemands et américains) à l’origine de cette publication expliquent avoir développé un logiciel permettant d’identifier les surfaces associées à la production de soja ou de bœuf et concernées par la déforestation illégale (1), ainsi que la quantité qui atteint l’Union européenne.

Deux millions de tonnes de soja par an

Ainsi, selon les auteurs, environ deux millions de tonnes de soja cultivées sur des propriétés liées à une déforestation illégale pourraient atteindre chaque année les marchés de l’Union européenne. « Dans la plupart des cas, les zones récemment déboisées ne sont pas utilisées pour cultiver du soja, afin de se conformer aux règles du moratoire (2), estiment les auteurs dans un communiqué. Mais cela n’a pas empêché les fermes cultivant du soja de défricher illégalement leurs terres pour les pâturages et d’autres cultures ».

« Le soja produit dans les zones déboisées illégalement […] n’entre pas dans la chaîne productive du secteur », et ne peut donc pas être exporté, a pour sa part assuré l’Abiove (Association brésilienne des industries des huiles végétales) dans un communiqué.

Volonté politique

Par ailleurs, les chercheurs estiment qu’au moins 500 000 bovins exportés vers l’Union européenne proviennent « directement de propriétés qui pourraient avoir été déboisé illégalement ». Ils estiment qu’en prenant en compte les flux entre les ranchs, ce chiffre pourrait être plus important.

« Désormais, le Brésil dispose des informations dont il a besoin pour prendre des mesures » et garantir que ses exportations sont exemptes de déforestation, assure Raoni Rajão, principal auteur de l’étude cité dans le communiqué. Il estime que, jusqu’à présent, l’agro-industrie et le gouvernement brésilien assuraient qu’il leur était impossible de distinguer le déboisement légal et illégal, et de surveiller l’ensemble de la chaîne.

Selon les auteurs, « une grande majorité », environ 80 %, des agriculteurs brésiliens respectent toutefois le code forestier brésilien.

H.P. avec l’AFP

(1) Sont principalement concernées les régions de l’Amazonie (forêt primaire) et du Cerrado (savane arborée).

(2) Un moratoire datant de 2006 interdit l’achat de soja aux agriculteurs qui l’auraient cultivé sur des zones déboisées d’Amazonie.