Pas simple de militer pour les petits paysans quand on s’appelle Carrefour… Le lancement de sa campagne choc sur les produits issus de semences paysannes, la semaine dernière, fait débat. Indirectement mis en cause par l’enseigne, le Gnis (Groupement national interprofessionnel des semences et plants) a évidemment réagi, estimant le catalogue officiel bien assez garni pour remplir les étals des distributeurs soucieux de diversité. Mais les militants y sont aussi allés de leur critique. Dans un communiqué du 26 septembre 2017, le Réseau semences paysannes (RSP) se désolidarise de cette initiative commerciale, qu’il estime être « de la récupération pour se verdir la façade ».

« Greenwashing »

« C’est un comble de voir Carrefour jouer les rebelles, alors que c’est bien les critères de la grande distribution qui ont concouru à l’homogénéisation des semences et à l’érosion de la biodiversité cultivée », s’énerve Patrick de Kochko, coordinateur du RSP. Et de tacler au passage le Gnis « qui, par un opportunisme éhonté, profite au passage de la vague du greenwashing et se pose lui aussi en chantre de la biodiversité cultivée ».

Tous les défenseurs ne partagent cependant pas cette opposition. L’un des cofondateurs du Réseau semences paysannes, Guy Kastler, aujourd’hui retraité, était au dîner de lancement de la campagne, le 19 septembre 2017, aux côtés d’autres noms du milieu militant (Philippe Desbrosses, pionnier de l’agriculture biologique, Maxime de Rostolan, directeur de Fermes d’Avenir…). À titre personnel, certes, mais ses hôtes n’ont pas manqué de souligner ses anciennes fonctions.

Chez les producteurs bretons engagés dans la filière, on ne s’embarrasse pas d’états d’âme. Le contrat d’approvisionnement est bien ficelé (engagements de prix et volumes sur cinq ans) et tout cela va « dans le bon sens », estime-t-on. Pour René Léa, président de l’association Kaol Kozh (« vieux choux », en breton), l’essentiel est que « le combat que l’on mène depuis une vingtaine d’années » soit enfin mis en lumière. Il reste à savoir ce qu’en dira le consommateur.

Alain Cardinaux