Cette OP a été créée cet été, avec l’appui de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), à partir de la Sica Roye Déshydratation (Somme), pour commercialiser les betteraves de ses adhérents au meilleur prix. Le changement de statut de la Sica avait alors provoqué le mécontentement de la Coordination rurale.

Les planteurs se retrouvent sans débouché

Selon Jean-Jacques Fatous, le directeur de l’OP, 450 adhérents lui ont délégué la commercialisation de leurs 640 000 tonnes de betteraves pour 2020. « Mais le sucrier n’a pas souhaité négocier avec l’OP et a convaincu une partie des planteurs de lui renvoyer [directement] leurs engagements de betteraves avant le 30 novembre 2019 », explique-t-il.

Interrogé, Saint Louis Sucre affirme que le contrat qu’il a proposé comme à son habitude, pour la zone d’approvisionnement de Roye « a reçu un écho très positif de la part des planteurs. La grande majorité d’entre eux a fait le choix de s’engager individuellement […], ce qui assure l’approvisionnement de la prochaine campagne. »

Et qu’advient-il des betteraviers de Roye qui ont renvoyé leur contrat uniquement à l’OP ? Ils ont appris par lettre recommandée avec accusé de réception, qu’ils ne produiraient pas de betteraves pour Saint Louis Sucre en 2020.

Avenir Sucre, l’autre OP

Une autre OP, appelée Avenir Sucre, a été créée plus tardivement par des agriculteurs qui, à la différence de la CGB, n’avaient pas quitté la table des négociations. Cette nouvelle entité, indépendante de tout syndicat, envisage une « négociation dans la souplesse » afin de ne « mettre le couteau sous la gorge » ni à l’industriel, ni aux producteurs, explique Patrick Legras, l’un des agriculteurs porteurs du projet.

« À nous de bâtir un nouveau partenariat économique avec Saint Louis Sucre, à travers une approche volontaire, exigeante, pragmatique, constructive et gagnant-gagnant », précise l’OP. Cette entité a donc choisi de ne pas passer par le transfert de propriété des betteraves. Elle constitue seulement un organe de négociation.

Les producteurs qui ont adhéré à cette OP et qui ont envoyé leur contrat à Saint Louis Sucre se sont vu assurer de leur débouché pour 2020. Cependant, « sans transfert de propriété, Avenir Sucre peut-elle avoir un réel pouvoir de négociation ? » s’interrogent les responsables de l’OP Sica de Roye.

Ne laisser personne sur le bord du chemin

L’OP Sica de Roye « avait largement les faveurs des planteurs, mais seulement une partie s’y sont engagés », explique Jean Jacques Fatous, son directeur. Selon lui, « l’industriel a mis la pression sur les agriculteurs ».

Malgré cet échec, l’OP Sica « ne veut laisser sur le carreau aucun agriculteur voulant pérenniser la betterave sur son exploitation ». Certains souhaitent d’eux-mêmes arrêter cette culture, d’autres se tourneront vers Tereos et Cristal Union qui serait à la recherche de volume supplémentaire. Cependant, l’entrée dans le système coopératif a un coût, celui de l’achat de parts sociales. D’autres solutions seront peut-être trouvées dans les semaines à venir.

La démarche n’est pas abandonnée

Même si elle vient de perdre la première manche, l’organisation ne baisse pas les bras. Alors que la loi EGAlim encourage ce genre de structure, l’OP a travaillé à sa reconnaissance officielle par les services de l’état.

Elle a aussi saisi le médiateur du ministère de l’Agriculture pour renouer le dialogue avec Saint Louis Sucre. Selon elle, Saint Louis Sucre envisage d’augmenter la production de son usine dans les prochaines années. Elle pense donc avoir encore un rôle à jouer.

En revanche, l’usine d’Étrépagny n’aurait, selon l’OP, pas encore sécurisé l’ensemble de son approvisionnement pour 2020, la date limite de renvoi des engagements ayant été repoussée au 10 janvier 2020.

La Sica assignée en justice

Saint Louis Sucre a assigné l’OP devant le tribunal de commerce. Selon elle, le but de cette procédure est de faire annuler les assemblées générales extraordinaires qui ont eu lieu en 2019 et qui ont permis à la Sica de Roye de faire évoluer ses statuts pour passer de la déshydratation de pulpe à la commercialisation des betteraves. Affaire à suivre…

La rédaction