Le premier « train des primeurs » doit partir du marché Saint Charles de Perpignan le vendredi 22 octobre 2021 à 16h28, pour arriver à Rungis le samedi 23 octobre 2021 à 03h08, à temps pour nourrir le ventre de Paris. Ce lancement s’est fait en présence de Jean Castex. Le Premier ministre qui a souligné que cette inauguration se faisait dans une stratégie de reconquête globale de fret ferroviaire. Il a souligné que des moyens importants ont été mis à disposition de cette ambition.

La « dure loi du marché »

Cette liaison, qui permet l’acheminement en wagons réfrigérés de fruits et légumes dans lequel on charge directement des palettes, avait été suspendue à l’été 2019, faute de clients. La vétusté du matériel avait alors été largement mise en cause.

« C’était la dure loi du marché qui s’appliquait et elle était très dure, parce que les prix de la route sont imbattables. Le train n’était pas subventionné », explique aujourd’hui Frédéric Delorme, président de Rail Logistics Europe (filiale de fret ferroviaire de la SNCF).

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Douze wagons pour transporter l’équivalent de dix-huit camions

La nouvelle relation reprend le même principe, mais avec des trains deux fois moins longs. Sur les 80 wagons dont disposait Ermewa (un loueur de wagons, filiale de la SNCF), trente-quatre ont pu être retapés, permettant d’avoir des convois de douze wagons chacun, avec douze wagons mobilisés dans un sens, douze dans l’autre et dix gardés en réserve ou en maintenance.

Ces douze wagons transporteront autant de fruits et légumes que dix-huit camions, cinq fois par semaine de novembre à juillet (pendant la saison des primeurs, surtout venus de l’Espagne et du Maroc). Ils ont tous été loués par le chargeur Primever, jusqu’à la fin de 2024.

« Pour le jugement de l’offre, il fallait avoir des clients qui s’engagent », souligne Frédéric Delorme. Jean Castex avait indiqué peu après son arrivée à Matignon qu’il avait été « meurtri » par la suspension du train des primeurs, qui part de sa terre d’élection.

Acheminer des produits plus variés

Il n’est pas étranger à la relance de la ligne, pour laquelle le gouvernement a lancé en décembre un appel à manifestation d’intérêt pour trouver un repreneur. C’est Rail Logistics Europe qui a été choisi avec un projet comprenant aussi la création d’une « autoroute ferroviaire » — chargeant des semi-remorques et des conteneurs sur des trains — du Boulou (Pyrénées-Orientales) au port de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), qui doit être lancée d’ici à la fin de l’année.

L’intérêt étant que cette liaison supplémentaire permet d’acheminer des produits plus variés, surtout destinés à la grande distribution, et de charger des marchandises dans le sens inverse nord-sud contrairement au train des primeurs qui rentre à vide.

« Ça coûte plus cher que la route et c’est pour ça qu’il faut une subvention, mais les bénéfices écologiques justifient cette subvention », insiste Frédéric Delorme. Celle-ci atteint 14 millions d’euros sur la durée de la convention jusqu’à la fin de 2024, selon Matignon.

Une autoroute ferroviaire

Le train des primeurs, qui fournira près de 10 % des flux de fruits et légumes absorbés par Rungis, ne devrait pas rouler au-delà de cette date, car les wagons réfrigérés seront alors complètement à bout de souffle.

L’idée est de faire circuler à partir de 2025 une autoroute ferroviaire de Barcelone à Anvers qui s’arrêterait à Perpignan et Rungis. Une solution qu’approuve Cyril Gornes, directeur du marché de Saint Charles, pour qui le transport combiné camion-train avec des conteneurs permet un meilleur respect de la chaîne de froid.

Mais il faudra pour d’ici là construire un terminal digne de ce nom dans le marché de gros francilien, qui n’est actuellement pas adapté pour faire débarquer des conteneurs ou des camions. « Un projet ambitieux » d’installation de transport combiné rail-route capable d’accueillir trois trains par jour est dans les cartons.

La CGT-Cheminots, qui s’est beaucoup mobilisée pour le retour du train des primeurs, a déjà fêté sa « victoire » le jeudi 21 octobre 2021 à Perpignan.

Avec l’AFP