Lors d’un vote le 23 octobre 2020, le Comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et de l’alimentation animale de l’Union européenne (Scopaff) s’est prononcé pour le non-renouvellement du mancozèbe, fongicide largement utilisé sur les productions de fruits et légumes. Ce produit était notamment utilisé sur les pommiers (pour lutter contre la tavelure), sur les pruniers et les abricotiers (rouille), sur les cerisiers (cylindrosporiose), sur la vigne (mildiou et le black-rot), sur les pommes de terre (mildiou, alternaria) et sur les noyers (anthracnose).

Retrait d’une solution multisite

Le collectif Sauvons les fruits et légumes de France a donc décidé d’alerter l’opinion publique sur les conséquences néfastes de cette décision sur les filières concernées. Josselin Saint-Raymond, directeur l’Association nationale pommes poires et porte-parole du collectif, précise que le mancozèbe possède un caractère multisite. Cela signifie qu’il agit à plusieurs endroits sur le champignon (mildiou par exemple).

Josselin Saint-Raymond rappelle que les produits unisites interviennent sur une cible unique. Il estime donc que ces derniers favorisent l’apparition de résistance à des produits. En effet, le directeur souligne que l’apparition de mutations uniques est beaucoup plus probable que l’apparition de mutations multiples et simultanées. Pour Josselin Saint-Raymond, l’arrêt du mancozèbe augmenterait donc la probabilité d’apparition de souches résistantes.

Autre conséquence négative : le produit retiré par la Scopaff était utilisé en association avec des produits de biocontrôle sur les pommiers par exemple. Selon Josselin Saint-Raymond, ce mélange sera impossible avec les produits de substitution.

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Impasse technique sur le poirier

Pour certaines cultures, il n’y a même pas d’alternative, explique le collectif Sauvons les fruits et légumes de France. Ainsi, en poirier, le mancozèbe est la seule solution contre la rouille grillagée. Le retrait du mancozèbe « condamne les vergers de poiriers », prévient Josselin Saint-Raymond.

Le collectif avait pourtant interpellé le ministre de l’Agriculture avant le vote du Scopaff dans une lettre qui détaillait précisément toutes les conséquences de l’interdiction du mancozèbe, production par production.

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Un processus de décision inadéquate

« On pense qu’en interdisant un produit, on va diminuer les usages. Mais c’est faux », explique Josselin Saint-Raymond. En effet, si les producteurs n’ont plus accès à la molécule la plus efficace, ils vont utiliser un traitement alternatif en augmentant la fréquence ou la quantité en baissant les produits, on augmente les usages. « Au contraire, il faudrait garder les solutions spécifiques et efficaces », insiste le porte-parole.

Le directeur compare la lutte contre la tavelure de la pomme à la lutte contre le Covid-19 : « Nous avons des mesures barrières comme la gestion des feuilles au sol. Mais quand la pression devient trop importante, il faut utiliser les moyens adéquats. »

Une décision européenne qui crée des distorsions de concurrence

« Comme souvent, le retrait d’une molécule phytosanitaire ne tient absolument pas compte de la réalité concurrentielle européenne, se désole le collectif. Ainsi, le metiram, alternative au mancozèbe, est homologué au niveau européen, disponible en Italie, mais interdit en France sur pommiers. » La décision du Scopaff va donc créer des distorsions de concurrence au sein même du marché unique européen.

Pour les pays tiers, la situation est encore pire, estime Josselin Saint-Raymond : « Aujourd’hui, on importe des pommes à contre-saison qui viennent de l’hémisphère Sud. On n’a pas la capacité d’arrêter aux frontières celles qui sont traitées avec du mancozèbe. »

L’action de la Fnab

Enfin, le collectif Sauvons les fruits et légumes de France s’interroge sur l’implication de la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab) : « Comment une fédération de producteurs peut-elle passer plus de temps à obtenir l’interdiction de pesticides conventionnels plutôt qu’à soutenir les demandes de dérogation pour les pesticides essentiels à la production biologique légale sur notre territoire ? »

Josselin Saint-Raymond s’interroge aussi sur la différence de traitement entre le dossier du mancozèbe et celui du cuivre, produit par excellence de l’agriculture biologique.

Renaud d’Hardivilliers