L’agroécologie serait plus rentable que le conventionnel ? C’est la conclusion à laquelle sont arrivés Alice Grémillet et Julien Fosse, coauteurs de l’étude diffusée par France Stratégie le 6 août 2020. La rentabilité des 23 systèmes étudiés a été évaluée hors aides, grâce à l’analyse de données économiques issues de la littérature scientifique (Inra, Insee, CER France…) et à la « modélisation à l’échelle d’une exploitation céréalière type ».

Selon les résultats de leurs recherches bibliographiques, les exploitations agroécologiques sont généralement « plus rentables que les exploitations conventionnelles, alors que leurs exigences environnementales sont élevées ». Parmi les 23 cahiers des charges et référentiels étudiés, l’agriculture biologique serait particulièrement rentable.

Deux catégories d’exploitations agroécologiques

Les 23 référentiels étudiés ont été répartis en deux catégories : « les exploitations à haut niveau d’exigences environnementales pour lesquelles l’ensemble du système de production a été repensé » et « les exploitations dont le système de production, malgré des engagements supplémentaires, reste fondé sur les principes de l’agriculture conventionnelle ».

Au sein de la première famille, on retrouve notamment l’agriculture biologique (AB), la certification à haute valeur environnementale (HVE) et trois référentiels privés : Demeter, Nature et Progrès et BioCohérence. Ces derniers rajoutent des contraintes au référentiel AB.

La deuxième famille regroupe les fermes engagées dans les mesures agroenvironnementales et climatiques de la Pac (MAEC). Les exploitations du réseau Dephy et certains référentiels privés comme les chartes Lu’Harmony ou AgriCO2 en font également partie.

Le référentiel Agriculture biologique est le plus exigeant sur le plan de la réduction de l’utilisation d’intrants. La certification HVE option A est la plus engagée sur la « préservation de la biodiversité, des sols et de l’eau ». © France Stratégie

AB, seul référentiel à apporter des bénéfices à moyen terme

Alice Grémillet et Julien Fosse ont modélisé la transition agroécologique d’une exploitation conventionnelle de 100 ha en grandes cultures. Les contraintes de cinq cahiers des charges y ont été rajoutées : AB, Dephy économe et Dephy très économe en intrants, HVE B et Lu’Harmony. Les « marges directes globales » de l’exploitation ont été estimées pour le système conventionnel et les 5 référentiels avant d’être comparées.

Parmi les cinq référentiels évalués, l’AB est le seul à apporter des bénéfices à moyen terme. Il permet « un gain de marge directe de l’ordre de 25 % au terme de la transition (hors aides de la Pac) », selon les conclusions du rapport.

La perte de rendement et les surcoûts de main-d’œuvre liés par exemple au désherbage sont compensés par les économies réalisées sur les intrants et par un prix de vente plus avantageux et moins volatil. Le rapport rajoute que la plus grande diversité de production retrouvée dans les exploitations engagées en AB leur assure des revenus plus stables.

Peu de reconnaissance pour certains référentiels

Alice Grémillet et Julien Fosse signalent que « la généralisation de ces résultats est néanmoins délicate », tous les référentiels ne faisant pas l’objet d’autant d’études économiques que l’agriculture biologique.

Pour les auteurs, d’autres référentiels peuvent être rentables à moyen terme, comme des MAEC ou encore des fermes du réseau Dephy. Les prix « ne permettent [cependant] pas de dégager de bénéfices propres car ces référentiels ne sont pas associés à des marques repérables par les consommateurs ». L’étude souligne également que les bénéfices de certaines exploitations engagées en agriculture biologique « ne reposent parfois que sur les aides Pac ».

Des aides non proportionnées au service environnemental rendu

Alice Grémillet et Julien Fosse ont également conclu sur l’absence de corrélation entre le montant des aides perçues et le niveau d’exigence environnemental. Les aides à l’hectare en grandes cultures sont par exemple plus importantes pour le référentiel MAEC que pour l’agriculture biologique. Cette dernière est pourtant la plus exigeante sur l’aspect environnemental.

Raphaëlle Borget