Alors que le plan pollinisateurs, qui prévoit notamment la refonte de l’arrêté abeilles de 2003, doit être dévoilé ce vendredi 18 décembre 2020 à la profession et aux associations environnementales, les réactions affluent de toutes parts.

Source de distorsions de concurrence

Pour la FNSEA, ce projet de texte sera une « source de nouvelles distorsions de concurrence pour les agriculteurs français qui n’auront plus accès à certains produits de traitement, alors même que leurs voisins européens continueront à les utiliser. »

Dans un communiqué du 16 décembre 2020, elle « en appelle au Premier ministre et demande un rendez-vous de toute urgence pour remettre de l’ordre, du pragmatisme et de la rationalité dans la méthode de prise de décisions qui impactent des filières entières. »

Le colza menacé ?

De leur côté, la Fop, Terres Univia et Terres Inovia s’inquiètent de « l’effet boomerang du plan de protection des pollinisateurs qui prévoit d’interdire toute protection des cultures durant la floraison et de restreindre le recours à certaines solutions à 3 heures après le coucher du soleil ».

La filière estime que cela provoquerait « une réduction des surfaces équivalentes à 120 000 hectares pour le seul colza. » « Cette chute accentuerait la baisse des surfaces déjà constatées ces dernières années. Le colza est en effet passé de 1,5 million d’hectares en 2014 à 1,1 million en 2020 », insistent les organisations

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L’arboriculture française menacée

Dès le 11 décembre 2020, Daniel Sauvaitre, le président de l’ANPP (Association nationale pommes poires) lançait un appel aux parlementaires et à tous les décideurs publics : « ne laissez pas le boulevard Saint-Germain imposer un plan pollinisateurs tueur d’arboriculteurs ! Laisser les paysans continuer à faire des fleurs pour les abeilles et assurer la souveraineté alimentaire de la France. »

« Au lieu d’apporter des réponses opérationnelles et structurelles à la filière, ce plan ne vise qu’à taper sur les doigts des agriculteurs. Loin de réconcilier l’apiculture et l’agriculture, il risque de raviver des tensions inutiles sans répondre aux vrais besoins des abeilles : être bien alimentées et soignées », juge pour sa part le Réseau biodiversité pour les abeilles, qui rappelle le caractère multifactoriel des mortalités d’abeilles.

Un engagement de longue date pour les apiculteurs

Face à la pression de la FNSEA, l’Union nationale de l’apiculture française, le Syndicat national d’apiculture et la Fédération française des apiculteurs professionnels demandent au gouvernement de respecter ses engagements dans un communiqué datant du 17 décembre 2020. Ils jugent en effet qu’il s’agit d’un engagement de longue date de l’État, puisque le sujet est en discussion depuis 2014/

Les apiculteurs ajoutent que de nombreuses publications scientifiques documentent notamment les effets néfastes des fongicides. Ils précisent aussi que de nombreux producteurs traitent déjà de nuit. Et de compléter : « contrairement à ce qu’affirme le FNSEA, cette réglementation n’est pas une exception française et de nombreux États européens appliquent déjà des mesures de restrictions favorisant les traitements en l’absence de pollinisateurs. »

Un plan salué par Générations futures

Générations Futures demande également au gouvernement de ne pas céder aux pressions à la FNSEA et d’acter cette avancée. « En dehors de l’inconnue des dérogations qui est un vrai problème, Générations Futures salue le fait que ce plan prévoit enfin d’élargir l’interdiction d’appliquer des produits insecticides et acaricides en pulvérisation pendant les périodes de floraison (arrêté daté du 28 novembre 2003) à l’ensemble des produits phytopharmaceutiques utilisés en pulvérisation pendant ces périodes », déclare François Veillerette, son porte-parole.

Céline Fricotté