L’Inrae a publié le 1er janvier 2021 une étude intitulée « Les résidus de pesticides actuellement utilisés dans les sols et les vers de terre : une menace silencieuse ? » dans le journal scientifique « Agriculture écosystème et environnement ».

Réalisé au sud de Niort (Deux-Sèvres) et financé par le programme Ecophyto, ce projet rassemble des prélèvements effectués dans des parcelles agricoles conduites de façon conventionnelle ou biologique, ainsi que dans des prairies et des haies n’ayant jamais reçu de traitements phytosanitaires.

Tous les sols sont touchés

Selon l’Inrae, « tous les prélèvements de sol contenaient au moins un pesticide de synthèse. En tête, un herbicide, le diflufénican, suivi d’un insecticide, l’imidaclopride, et de deux fongicides, le boscalid et l’époxiconazole ».

« Détectés dans plus de 80 % des échantillons, ces quatre pesticides de synthèse étaient présents dans des concentrations parfois élevées, voire supérieures aux doses recommandées », précise l’Inrae.

Ces molécules appartiennent-elles à des flux en cours de dégradation, ou sont-elles en stockage de longue durée dans les sols ? Selon les trois coordinatrices du projet, Céline Pelosi (Inrae), Clémentine Fritsch (Inrae et CNRS) et Colette Bertrand (Inrae), « sûrement un peu des deux ». « En tout cas, il semblerait que l’accumulation aille plus vite que la dégradation », précise Céline Pelosi.

Les vers de terre ne sont pas épargnés

L’étude a doublé les prélèvements de terre par les prélèvements de vers de terre. Le constat est proche : 92 % des vers de terre de l’espèce étudiée (Allolobophora chlorotica) contenaient au moins un pesticide, un tiers (34 %) en incluait cinq ou plus. En tête un insecticide, l’imidaclopride, retrouvé dans 79 % des organismes.

La contamination touche les vers de terre recueillis dans tous les types de culture. Mais ceux prélevés sous céréales contiennent davantage de pesticides que leurs homologues récoltés sous prairies ou haies. Aucune étude de ce type sur les vers de terre n’avait été réalisée jusqu’à ce jour.

Les sols non traités contiennent aussi des pesticides

Les sols sous céréales comptabilisent un nombre et une concentration plus élevée de pesticides que dans les sols sous prairies ou haies. Selon l’Inrae, « parmi les 93 échantillons collectés dans des habitats non traités, 83 % contenaient plus de trois pesticides. En moyenne, pas moins de six pesticides ont été détectés dans les sols sous céréales conduites en agriculture biologique. Même constat pour les prairies bio où l’on a retrouvé en moyenne cinq pesticides. »

Comment expliquer la présence dans un sol non traité ? Selon Céline Pelosi, la dérive des produits phytosanitaires lors de leur application et le transfert de molécule par les eaux du sol sont les principales hypothèses pour expliquer ces résultats.

Une étude qui en appelle d’autres

Selon Philippe Stoop, directeur de la recherche et de l’innovation chez ITK, cette étude est intéressante pour les écotoxicologues, mais doit être communiquée au grand public avec discernement. Selon lui, « pour statuer sur le risque encouru par les vers de terre, il faudrait d’une part vérifier que les résultats observés dans cette région et pendant cette année d’étude ne relèvent pas d’un cas isolé et d’autre part confirmer au laboratoire que l’on observe bien un effet toxique pour les vers de terre aux concentrations effectivement observées. »

Renaud d’Hardivilliers