Les résultats du programme de recherche Aker-betterave 2020 ont été présentés le 18 septembre 2020 après huit années de travaux de recherche menés par 11 partenaires du public et du privé, et une centaine de collaborateurs.

Un programme lancé en 2012

Selon les responsables du projet, le Programme d’investissement d’avenir lancé en 2012 « a accompli la mission qui lui a été assignée au départ, à savoir doubler le rythme de croissance annuelle du rendement de la betterave en sucre par hectare ». Ceci dans un contexte où la progression du rendement de la betterave s’est ralentie, voire stoppée.

« Depuis le lancement du programme Aker en 2012, le contexte de la filière betterave a beaucoup évolué, signale Vincent Laudinat, directeur général de l’ITB (institut technique de la betterave) et président du Comité interprofessionnel d’Aker. La concurrence de la canne au niveau mondial s’est exacerbée, le régime des quotas sucriers a pris fin en 2017, le réchauffement climatique s’accentue, de nouveaux bioagresseurs, telles que les viroses, apparaissent ou s’intensifient, et les demandes sociétales se font de plus en plus pressantes. »

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Analyse de la diversité génétique

Mais les recherches menées par les différents partenaires permettent d’assurer la hausse du besoin de productivité tout en répondant à la demande sociétale. Pour cela, il a fallu identifier la diversité génétique de l’espèce : 10 000 accessions (entités génétiques) de betteraves cultivées ou exotiques ont été étudiées afin d’identifier les populations apportant le plus de choses qui n’existent pas encore dans la betterave. Résultat : il existe encore un réservoir utile de ressources génétiques pour améliorer le rendement de la plante.

Des croisements ont ensuite été réalisés entre les collections de référence et du matériel élite pour obtenir de nouvelles variétés à haut potentiel. C’est le premier volet du programme Aker.

Le deuxième volet a consisté à valoriser, contrôler, évaluer la diversité génétique acquise, par de nouvelles méthodes de phénotypage et de génotypage. Pas moins de 3 200 hybrides issus du programme de sélection ont été testés par phénotypage haut débit, sur tous les stades visibles de la betterave, de la semence à la récolte. Les outils utilisés auront des applications bien au-delà en routine pour la R & D et tous les acteurs de la filière (ITB sucreries, betteraviers…), selon les responsables d’Aker.

Variétés déposées en 2022

À court terme, les sélectionneurs annoncent être en mesure de « détecter un groupe d’hybrides aux performances confirmées qui pourraient être déposés en 2022 à l’inscription au CTPS (comité technique permanent de la sélection). Pour une commercialisation éventuelle en 2025, et avec comme profil, une meilleure résistance au stress hydrique ou à certains bioagresseurs.

« On a plein de choses dans le panier, il faut maintenant les tester », développe Bruno Desprez, président de Florimond-Desprez veuve & fils et président du comité de coordination du programme Aker.

Christian Huygue, directeur scientifique agriculture à l’Inrae et chef de projet du programme, poursuit : « Les perspectives du programme Aker sont d’une richesse inédite. En termes de progrès génétique, l’élargissement très significatif de la diversité permet d’envisager un progrès important pour les caractères agronomiques majeurs, et cela pour plusieurs décennies. »

Les chercheurs sont optimistes : « à moyen et long terme Aker va permettre de produire des variétés ultraperformantes en introduisant des fragments intéressants du génome des plantes de référence dans des variétés existantes et ce, dans un pas de temps de 7 ans au lieu de 12 ans auparavant. »

La variété, pas une solution unique contre la jaunisse

Toutefois, à ce jour, pas encore de variété performante pour lutter contre la jaunisse virale, fortement présente cette année dans les parcelles. « De toute façon, il n’y a pas une solution à un problème, alerte Christian Huyghe. Pour répondre à la sortie des néonicotinoïdes, la variété va jouer un rôle, mais d’autres leviers seront nécessaires. »

Et de poursuivre : « Dans Aker, il n’y a pas LA variété sans néonicotinoïdes, mais ce programme fournit les outils pour alimenter ça ». La jaunisse virale de la betterave est un critère très complexe à étudier, puisqu’il y a 4 virus différents et 3 familles virales.

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Un plan spécifique

Si ce programme d’investissement d’avenir est terminé, des problématiques particulières de recherche vont être mises en place, sur un temps plus court. C’est le cas d’ores et déjà concernant la jaunisse virale puisqu’un plan national de recherche et innovation va être copiloté par l’ITB et l’Inrae, en association avec les sélectionneurs. Ce plan a été présenté le 22 septembre 2020 au ministre de l’Agriculture.

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Isabelle Escoffier