« La production de maïs en Ukraine va diminuer de 53 % durant la campagne en cours », rappelle le ministère américain de l’Agriculture (USDA) dans son dernier rapport mensuel (baptisé Wasde) publié le 12 mai 2022. Un pays qui voit également la quantité de blé produite par le pays en guerre reculer de plus d’un tiers.

L’USDA voit la production de maïs refluer légèrement (–2,8 %), de même que les stocks mondiaux de fin de période (–1,3 %), un mouvement notamment lié à la diminution annoncée, aux États-Unis, des espaces affectés au profit du soja.

« La production mondiale de maïs devrait diminuer par rapport au niveau record de l’an dernier, principalement en raison de réductions pour l’Ukraine, les États-Unis, l’UE et la Chine qui sont partiellement compensées par des augmentations pour le Brésil, l’Argentine, la Serbie et l’Afrique du Sud », précise le rapport de l’USDA.

Blé tendre : prévisions en baisse pour 2022-2023

Dans le même temps, la production mondiale de blé tendre est prévue à 774,8 millions de tonnes, soit 4,5 millions de moins qu’en 2021-2022. La réduction de la production en Ukraine, en Australie et au Maroc n’est que partiellement compensée par des augmentations au Canada, en Russie et aux États-Unis. La production en Ukraine est en effet prévue à 21,5 millions de tonnes en 2022-2023, soit 11,5 millions de moins qu’en 2021-2022 en raison de la guerre en cours.

Quant à la production de blé, elle devrait augmenter de plus de 6 % en Russie, ce qui conforterait sa place de premier exportateur mondial devant l’Union européenne, avec 19 % des volumes échangés contre 16,5 % l’année précédente.

Tensions sur le marché du blé

« La tendance nette » de ce rapport mensuel, « c’est toujours des tensions sur le marché des céréales et notamment du blé », a réagi Gautier Le Molgat, du cabinet Agritel.

L’USDA voit ainsi les stocks mondiaux atteindre la fin de la campagne qui s’achève (l’année du blé démarre le 1er juin aux États-Unis) en baisse de 3,9 %, et les voit encore se replier de 4,5 % à l’issue de la prochaine saison.

Outre l’Ukraine, le ministère américain de l’Agriculture table sur une décélération de la production en Australie et au Maroc, qui ne sera que partiellement compensée par une très forte hausse des volumes au Canada (+52 %), qui fait suite à un millésime marqué par la sécheresse, ainsi qu’une amélioration en Russie et aux États-Unis.

« Même si les prévisions actent bien une contraction mondiale, l’USDA conserve « une vision optimiste de la production sur la nouvelle récolte, selon Gautier Le Molgat. « Ils sont », par exemple, partis sur des chiffres très élevés en Inde, alors qu’on parle d’une sécheresse record en ce moment. C’est très optimiste. On peut aussi émettre des doutes sur l’augmentation annoncée par l’USDA de la production aux États-Unis, où la dernière enquête du ministère, publiée lundi, a rapporté que 39 % des cultures de blé d’hiver étaient en « mauvais » ou « très mauvais » état, soit le double de l’an dernier. »

Après la publication, le cours du blé de variété SRW (Soft Red Winter Wheat), la référence à la Bourse de Chicago, a bondi à son plus haut niveau depuis plus de deux mois.

Les cours du grain jaune sont, eux aussi, montés en température jeudi, s’approchant de nouveau du sommet de presque dix ans atteint à la fin d’avril.

Production de soja en hausse

« Parmi les trois grandes matières premières agricoles, le soja « est probablement celui dont les chiffres (publiés jeudi) sont les moins favorables aux cours », a de plus commenté Michael Zuzolo, président de Global Commodity Analytics and Consulting.

L’USDA prévoit en effet une nette remontée de la production (+12 %) et des stocks de fin de période (+16 %), qui retrouveraient leur niveau de la fin de la campagne de 2020-2021. La production mondiale de soja devrait ainsi augmenter de 45,3 millions de tonnes pour atteindre 394,7 millions, avec le Brésil qui représenteraient plus de la moitié de la hausse (+24 millions de tonnes) pour atteindre un record de 149 millions. La récolte de soja de l’Argentine devrait, quant à elle, atteindre 51 millions de tonnes et celle du Paraguay 10 millions.

« La production et les stocks pourraient même être encore supérieurs, a annoncé l’analyste, si le temps aux États-Unis et en Europe favorise les oléagineux plutôt que le maïs. »

Avec l’AFP